mercredi 30 janvier 2013

L'échafaud

L’échafaud

Ils étaient innocents! oui, mais il fallait bien
Qu'on n'eût pas érigé ce tribunal pour rien.
D'ailleurs, c'est entendu, quand l'homme s'émancipe,
On doit toujours sévir pour sauver le principe.
Redresser les griefs, reconnaître son tort.
C'est très bien; mais il faut des exemples d'abord!

Parmi les prisonniers d'élite on en prit douze;
Certes, le choix fut fait par une main jalouse;
Et, tandis que le reste — à quoi bon tant trier? —
Allait languir là-bas sous un ciel meurtrier,
Les juges — oh! de vrais modèles de droiture —
Dirent à l'échafaud : — Toi, voici ta pâture !

Et ces juges, choyés, approuvés, applaudis,
Qui peut-être eussent eu pour de réels bandits
Dans leurs cœurs de torys plus de miséricorde,
Osèrent d'une main ferme passer la corde
Au cou de citoyens dont le crime devait,
Comme dans le passé celui de Du Calvet,
Confondant des bourreaux l'éternel égoïsme,
Dans la bouche de tous s'appeler héroïsme!

Oh! cet échafaud-là, malgré son nom brutal,
Ne fut pas un gibet, ce fut un piédestal!
L'injustice des lois en fut seule flétrie.
Et, tandis que, plus tard, on verra la Patrie
— Oh! l'avenir toujours donne à chacun son rang —

Venir aux jeux de tous s'incliner en pleurant
Devant ces champions d'une cause sacrée,
Cherchez qui défendra la mémoire exécrée
De ces juges sans cœur dont l'orgueil crut pouvoir
Flétrir en meurtriers ces martyrs du devoir!


Texte tiré de La Légende d'un Peuple (1908)

vendredi 25 janvier 2013

Le Vieux Patriote

LE VIEUX PATRIOTE

Moi mes enfants, j'étais un " patriote ", un vrai !
Je n'en disconviens pas; et, tant que je vivrai,
On ne me verra point m'en vanter à confesse. . .
Je sais bien qu'aujourd'hui maint des nôtres professe
De trouver insensé ce que nous fîmes là.
Point d'armes, point de chefs, c'est ceci, c'est cela;
On prétend que c'était faire d'un mal un pire
Que de se révolter. Tout ça, c'est bon à dire.
Lorsque la chose est faite et qu'on sait ce qu'on sait !

Ces sages-là, je puis vous dire ce que c'est;
Ça me connaît, allez ; c'est un vieux qui vous parle,
Nous en avions ailleurs, mais surtout à Saint-Charles.
Ah ! la sagesse même ! et pleins de bons conseils.
Si tous les Canadiens eussent été pareils.
On en aurait moins vu debout qu'à quatre pattes.
Nous les nommions torys, chouayens, bureaucrates ;
Avec bien d'autres noms — peu propres, je l'admets.

Ces gens-là, voyez-vous, cela ne meurt jamais;
Et si, ce dont je doute, ils ont une âme à rendre,
Le bon Dieu n'a pas l'air bien pressé de la prendre.
D'ailleurs il en revient; on en voit tous les jours.
Aussitôt les loups pris, ils connaissent les tours ;
Moisson faite, ils sont là pour gruger la récolte.
J'en ai connu qui nous poussaient à la révolte,
Et qui, le lendemain de nos premiers malheurs,
Nous traitaient de brigands, d'assassins, de voleurs.
Ou qui criaient: — Je vous l'avais bien dit ! Ah! dame,
On aurait pu bourrer la nef de Notre-Dame,
Après l'affaire, avec ces beaux prophètes-là!
Il en poussait partout, en veux-tu en voilà !
Qu'on me montre un pouvoir qui frappe ou qui musèle,
Je vous en fournirai de ces faiseurs de zèle!

Et puis n'avions-nous pas les souples, les rampants,
Les délateurs payés, les mouchards, les serpents?
Ces Judas d'autrefois, je les retrouve encore.
Tout ce qui les anime et ce qui les dévore.
C'est le bas intérêt, l'instinct matériel.
Ils pullulaient autour du gibet de Riel;
Les noms seuls sont changés. Quand le cruel Colborne
Incendiait nos bourgs, leur joie était sans borne.
Ils disaient, en voyant se dresser l'échafaud.
Alors comme aujourd'hui: — C'est très bien, il le faut!
On doit défendre l'ordre et venger la morale! —
Et puis, dame, il faut voir la mine doctorale
Qu'ils prennent pour vous dire un tas d'absurdités
De cette force-là. Pour eux, les lâchetés
Ne comptent pas; allez, je les ai vus à l'œuvre;

Il en est qui rendraient des points à la couleuvre
Pour flaire en serpentant leur tortueux chemin.
Et puis, messieurs vous font passer à l'examen!
Quand on ne peut comme eux se faire à tous les rôles,
On n'est que des cerveaux brûlés, ou bien des drôles. .
Charmant d'avoir affaire à de pareils grands cœurs!

Mais laissons de côté rancunes et rancœurs.
Je voulais, mes enfants, tout bonnement vous dire
Que j'étais patriote alors, et pas pour rire!
J'en ai vu la Bermudes, — un pays, en passant.
Sans pareil pour qui veut faire du mauvais sang;
Un pays bien choisi pour abrutir un homme; —
Eh bien, mes compagnons pourront vous dire comme
J'ai toujours été fier, en mes plus durs instants.
D'avoir été comme eux l'un des fous de mon temps!
Je me moque du reste. Et puis, voyons, que diantre !
Si nous étions restés, comme on dit, à plat ventre,
Ainsi que j'en connais, courbés sous le mépris
De ceux qui nous voulaient asservir à tout prix ;

Si nous eussions subi la politique adroite
Dont on cherche à leurrer le« peuples qu'on exploite;
Que dis-je? non contents du titre de sujets,
Si nous avions servi les perfides projets
De ceux qui nous voulaient donner celui d'esclaves,
Dites-moi donc un peu, que serions-nous, mes braves?

Quand furent épuisés tous les autres moyens,
Nous avons dit un jour: — Aux armes, citoyens!. . .
Nous n'avions pas, c'est vrai, de très grandes ressources!
Nous avions même un peu le diable dans nos bourses;
Il fallait être enfin joliment aux abois.
Avec de vieux fusils et des canons de bois.
Pour déclarer ainsi la guerre à l'Angleterre;
Mais des hommes de cœur ne pouvaient plus se taire.
Plutôt que sous le joug plier sans coup férir.
Nous avons tous jugé qu'il valait mieux mourir.

Le premier résultat fut terrible sans doute;
Bien du sang généreux fut versé sur la route;
Sur les foyers détruits, bien des yeux ont pleuré;
Mais, malgré nos revers, peuple régénéré,
Nous avons su montrer — que l'heure en soit bénie!
Ce que peut un vaincu contre la tyrannie.

Au reste, l'on a vu le parlement anglais
— Qui ne vient pas souvent pleurer dans nos gilets,
Et qu'on accuse peu de choyer ses victimes —
Déclarer par le fait nos griefs légitimes.
Les droits qu'on réclamait, il les reconnut tous!
Et l'on nous traite encor de drôles et de fous!. . .
Mais l'insensé qui blâme avec tant d'assurance.
Si l'on ne lui fait plus crime d'aimer la France,
S'il n'a plus sous le joug à passer en tremblant.
S'il possède le sol, s'il mange du pain blanc.
S'il peut seul, à son gré, taxer son patrimoine,
S'il vend à qui lui plaît son orge ou son avoine.
Si des torts d'autrefois il a bien vu la fin,
S'il peut parler sa langue, et s'il est libre enfin.
Il aura beau hausser encor plus les épaules,
Il le devra toujours à ces fous, à ces drôles!

Oui, me« enfants, j'étais un patriote, un vrai;
Et jusques à la mort, je m'en applaudirai!


Texte tiré du livre: La légende d'un peuple (1908)
Auteurs : Louis Fréchette 1839-1908, Jules Claretie 1840-1913 et Henri Julien 1852-1908.
http://archive.org/details/lalgendedunpe00fr

Lire La Légende d'un Peuple en ligne :
http://archive.org/stream/lalgendedunpe00fr#page/2/mode/2up

mardi 8 janvier 2013

Souper des Patriotes du 15 février 1839

Le Rassemblement pour un pays souverain est heureux de vous inviter à sa neuvième édition du «Souper du 15 février» afin d’honorer la mémoire des Patriotes pendus au Pied-du-Courant le 15 février 1839. 

Notre thème cette année est la République au Québec. Nous lancerons, lors de cette occasion, un projet susceptible de remettre en question la monarchie constitutionnelle canadienne.

Les conférenciers invités lors de ce souper seront :

Monsieur Gilles Rhéaume, porte-parole de l’Association des descendants des Patriotes et de l’Assemblée des Patriotes de l’Amérique française,
rendra hommage à une personnalité ayant fait connaître les Patriotes,
Monsieur Pierre Falardeau.

Monsieur Léo Bureau-Blouin, député du Parti Québécois de Laval-des-Rapides

Monsieur Bernard Drainville, Ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne.
Le repas sera servi au coût de 30$ par personne pour les membres 
et 35$ pour les non-membres. 
Vous devez réserver votre place dès maintenant en communiquant avec
 madame Marie Gagnon au (514) 363-1595
ou en lui écrivant à l’adresse courriel : gagnonmarie@videotron.ca et 
Nous faire parvenir votre chèque à l’ordre du RPS à l’adresse :
Rassemblement pour un pays souverain
C.P. 306, Succursale «C», Montréal, Québec, H2L 4K3

Sur réception de votre chèque, 
vos billets seront réservés et nous vous les remettrons à la porte. 
 Aucun billet ne sera retourné par la poste.
 Espérant vous rencontrez lors de cet événement,
Benoît Roy
président du Rassemblement pour un Pays Souverain.

Évènement sur Facebook
https://www.facebook.com/events/421487467928116/?ref=3

La salle Joseph-Thibaudeau est située au 5751, 
avenue Pierre-de-Coubertin à Montréal, 
près de la rue Dickson (Métro L’Assomption).

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Les patriotes de Chénier sont un regroupement militant composé de jeunes indépendantistes voués à la défense des intérêts du peuple québécois. Nous avons à coeur la mémoire des patriotes de 1837-1838.