vendredi 23 novembre 2012

Hommage aux Patriotes tués à la bataille de Saint-Denis

Il est temps de se rappeler notre HISTOIRE 
et NOS ANCÊTRES PATRIOTES

Hommage aux 14 Patriotes tués le 23 novembre 1837,
à la bataille de Saint-Denis-sur-Richelieu
14 Patriotes perdent la vie :


La colonne de choc du colonel Gore touche aux avant-postes de Saint-Denis vers les neuf heures du matin. Les soldats couchent en joue et abattent un homme qui tente d’atteindre le village à la course. C’est 01 - André Mandeville (dit Romain) (de Saint-Denis), un jeune peintre de la paroisse, son corps est jeté à la rivière et est repêché le 7 avril 1838.

02 - Un autre habitant (de Saint-Denis), son nom reste inconnu, qui a l’imprudence de se découvrir dans un champ, est aussitôt touché d’une balle. Selon Christie et Lysons, ces coups de feu sont tirés sans sommation ni avertissement.

Les défenseurs, qui viennent de voir tomber Mandeville, vont leur réserver un brutal accueil.
Un septuagénaire de Saint-Denis Augustin Laflèche, se tient en ce moment contre une embrasure de la maison Saint-Germain. D’un coup de fusil, il abat le premier soldat qui louvait entre les mottes. L’autre tombe sous les balles d’un franc-tireur posté dans une maison voisine.
C’est le véritable signal du combat. Le colonel Gore commande aux artilleurs de trouer le toit.
Il est à peu près onze heures.
Un quatrième artilleur, quoique blessé, parvient à allumer la mèche après avoir pointé la pièce. Une sourde détonation, suivie d’un crépitement de fusils, ébranle toute la maison Saint-Germain.
Le boulet fracasse une fenêtre du second étage. Des éclats de pierre crèvent le toit.
À côté du chambranle,
03 - Honoré Boutillet (de Saint-Antoine)
04 - Joseph Dudevoir (de Saint-Denis)
05 - Eusèbe Phaneuf (de Saint-Denis)
06 - Charles St-Germain (de Saint-Denis)
sont étendus, livides, figés par la mort. Des blessés gisent tout autour. Joseph Gravel et Louis Lacasse - ce dernier se trouvant près de l’infortuné Saint-Germain - reçoivent des éclats de pierre à l’épaule.
07 - Jean-Baptiste Patenaude (de Saint-Denis), à la jambe cassée, fut soigne par le jeune Georges-Étienne Cartier, (mais mourra quelques semaines plus tard) et Jean-Baptiste Dupré, de Saint-Ours, est atteint au genou.
C’est le baptême de sang de la révolution.
Ce premier boulet reste le seule décharge meurtrière de la journée.
Le canon va continuer de tirer, à la cadence de quatre à cinq coups à l’heure, mais toujours contre la même fenêtre. Jusqu’à cette phase du combat, plusieurs officiers croyaient que le bruit de la canonnade allait terrifier les insurgés. Ils vont désenchanter lorsqu’une grêle de balles culbute les rangs des fusiliers qui s’avancent en parade.

Vers onze heures et quart, Nelson aperçoit des capots-gris qui s’exposent inutilement au feu des soldats en face de la maison. Il dépêche immédiatement son aide-de-camp,
08 - Charles-Ovide Perrault, (de Montréal) pour leur donner l’ordre de se retrancher dans une bâtisse voisine. Au plus fort d’un feu de barrage, le jeune député de Vaudreuil s’élance au dehors, le fusil à la main. Une fois dans la rue, il a la malheureuse idée de s’arrêter pour vider son arme sur des soldats anglais. Ce moment d’hésitation lui est fatal. Une première balle l’atteint au talon. Quelques secondes plus tard, un deuxième projectile lui perfore les intestins. Mortellement blessé, il a cependant la force de se trainer jusqu’à la maison Deschambault où une vielle femme, qui a refusé de fuir, le couche et pense ses blessures pendant qu’un boulet perce le toit et tombe près du lit. Il succombera durant la nuit de cette journée fatidique, à l'âge de 28 ans.

Nouveau vide dans les rangs Patriotes lorsque
09 - François Dufault (de Saint-Denis)
est tué instantanément, quelque minutes plus tard, d’une balle tirée par lord Cochrane avec une canne à air comprimé. Âgé de vingt-deux ans, la victime allait traverser la rue à la course pour se jeter dans la forteresse Saint-Germain.

Vers midi, un cultivateur de Saint-Denis,
10 - Pierre Minet (dit Montigny) (âgé de trente et un ans), est tué sur le coup par une balle, alors qu’il se montre à une fenêtre du pignon gauche de la maison Saint-Germain.

Un autre habitant,
11 - Antoine Amiel (dit Lusignan) (de Saint-Denis) (âgé de soixante ans), connaît le même sort une dizaine de minutes plus tard. Le vicaire Lagorce a le temps de lui administrer les derniers sacrements. D’autres défenseurs sont touchés plus ou moins sérieusement.
Pierre Allaire, de Saint-Antoine, à la joue perforée, une balle lui entre dans la bouche pour sortir au-dessus de la gencive.
Augustin Carignan, de la présentation, est blessé à la figure par une décharge de fusil.
Un combattant de Saint-Denis, Lévi Larue, reçoit des éclats de pierre à la hanche et à la main gauche.

On se bat depuis bientôt quatre heures sans que les troupes aient réussi une percée intéressante. Le colonel Gore, vétéran des guerres napoléoniennes, ne peut supporter que des habitants lui tiennent si merveilleusement tête. Les officiers se consultent afin de trouver un moyen d’en finir au plus vite avec ces habitants. Des renforts sont dépêchés aux occupants de la grange Phaneuf, qui au nombre d’environ cent cinquante, ont ordre de pénétrer directement dans le village pour cerner les positions insurgées. Le combat devient languissant. Les coups de feu sont isolés. Le colonel Gore, qui aime tant à se vanter d’avoir fait trembler l’Aigle impérial de France à Waterloo, ne sait vraiment plus comment s’en tirer. La résistance Patriote, loin de faiblir se raffermit d’heure en heure.

12 - Benjamin Durocher (de Saint-Antoine), des éclats de voix, venant de la grange Phaneuf, nouvellement occupée par les Habits-Rouges, parviennent aux défenseurs de la distillerie de Nelson. Dans le tumulte, Benjamin Durocher reconnait des amis. Rien de plus pressé que d’aller les rejoindre. Il réalise son erreur quand les soldats le couchent en joue, mais c’est trop tard. Mortellement blessé, le Patriote s’écroule à mi-chemin entre la distillerie et la maison Saint-Germain.

Il songe à sa fâcheuse position quand, vers deux heures de l’après-midi, les échos d’un refrain du terroir parviennent de la rivière. C’est le passeur Roberge qui traverse lentement le Richelieu à la tête d’une file de barques. Les embarcations portent une centaine de Patriotes de Saint-Antoine, de Saint-Ours, de Saint-Roch, de Contrecœur et de Verchères qui s’amènent au secours de leurs frères de Saint-Denis.
Les apercevant, les Anglais braquent sur eux la pièce d’artillerie et
les canons de leurs fusils. On sait que le sort de la journée dépend
grandement de ces renforts. Une grêle de plombs labourer les madriers
des chalands. Roberge monte le premier bac où sont massés une vingtaine
d’hommes. Un boulet arrache un morceau de l’embarcation et brise l’aviron qu’il tient à la main. Calme, Roberge commande: «couchez-vous». Debout, il dirige le mouvement pendant que les Patriotes échappent aux balles des fusiliers en se collant au fond du bac. Toute la troupe débarque à l’arrière de la distillerie.

La fusillade n’a fait qu’exciter le courage des hommes de Cartier.
En abordant derrière la distillerie, il se répandent dans tout le village, communiquant à chacun une ardeur nouvelle. Des Patriotes, restés sur la défensive depuis le matin, sortent de leur abri pour passer à l’offensive. Armés de fourches, de faux et de bâtons, ils chargent les lignes anglaises avec tant d’entrain que plusieurs soldats n’ont même pas le temps de recharger leurs armes.
L’habitant audacieux, s’attaque au flanc même de l’armé de Gore.
Un groupe d’insurgés s’élance vers la grange Phaneuf où se tient une partie du 32ème régiment,
en culbute les défenseurs s’empare de la position à coups de poing.

Les forces britanniques dégringolent lamentablement. Elles en sont à leur position de la matinée, soit à quatre ou cinq maisons à l’entrée du village où elles tentent désespérément de se barricader, mais le Patriote est partout, derrière les clôtures de perches, les cordes de bois de chauffage, les granges, sur le toit des habitations, vers la gauche, vers la droite, vers le centre.
La charge des insurgés est inévitable. Gore n’a même plus de peloton de réserve pour barrer la route. Les militaires n’ont pas mangé depuis le matin. Leurs vêtements, mouillés durant la marche de la nuit précédente, leur ont gelé sur le dos. Le vent nordique, qui siffle dès l’avant-midi, achève de glacer complètement les assiégeants. L’instant est tragique pour les régiments de Victoria.
Gore doit décamper avant que les Patriotes le prennent à revers et lui coupent toute retraite.

Le commandant britannique fait sonner le départ, à trois heures et quart de l’après-midi, après plus de six heures de combat. Le clairon éclate, et sous le feu plongeant des insurgés, les troupiers recueillent à la hâte les blessés qu’ils entassent dans les chariots.
Les morts sont jetés dans le Richelieu, puis c’est la retraite générale.
Vers quatre heures, l’arrière-garde des Habits-Rouges, formée du 24ème régiment, commandé par le lieutenant-colonel Hugues, dépasse la maison Lamothe, la première sur la rue Saint-Denis.
Quelques instant plus tard, la troupe s’efface graduellement au loin, sur le chemin de la reine.

De partout, les hommes sortent des maisons qu’ils viennent de
défendre si farouchement. Le décor du combat se dresse lamentablement.
Les chambranles arrachés, les murs lacérés de balles, les meubles
brisés, les rideaux déchirés et le sang coagulé sur les parquets
attestent des glorieux événements qui viennent de se dérouler. On a
enlevé les morts et transporté ailleurs les blessés auprès s’affairent
Nelson et quelques autres.

Malgré les ordres du commandant Patriote, qui veut s’en tenir à une stricte défensive, David Bourdages prend la tête de quelques insurgés qui partent à la chasse à l’Anglais.
Sans la bravoure et le sang-froid du lieutenant-colonel Hugues, la brigade de Gore aurait connu la plus humiliante défaite, pour filer plus vite, les troupes abandonnent armes et munitions sur le bord de la route. malgré tout, elles ont à peine atteint le pont Laplante lorsque la nuit tombe, vers six heures. Le froid est plus piquant et une légère couche de neige couvre maintenant le sol.
Posté en tirailleurs derrière chaque arbre, Bourdages et ses hommes harcèlent les militaires sans répit. Les chevaux, qui tirent les fourgons et le canon, avancent péniblement dans les ornières de glaise. Pour aller plus rapidement, Lysons et le capitaine Crompton attellent leurs montures au canon.
Peine perdue, la pièce s’enlise jusqu'au moyeu dans la boue du pont Laplante. Comme Bourdages et sa troupe sont dans les parages, les fuyards enclouent le canon et l’abandonnent sur la route, pour alléger les voitures, Gore fait jeter plus de cent cinquante boulets et la plus grande partie de ses munitions au fond du ruisseau.

L’obscurité se faisant de plus en plus dense, Bourdages et ses hommes font demi-tour au pont Laplante et rentrent à Saint-Denis avec quatre soldats qu’ils ont capturés en cours de route.
Les poursuivants s’attèlent au canon qu’ils parviennent à tirer de la glaise et à trainer jusqu’au village comme trophée de guerre .
On les reçoit en triomphateurs.
Dans la chaleur de la poursuite, Bourdages a perdu deux hommes:
13 - Lévis Bourgeois, (de Saint-Antoine) ainsi que 
14 - François Lamoureux, (de Saint-Ours), âgé de dix-sept ans, il s’est approché trop imprudemment des soldats et l’un d’eux l’a abattu d’une balle à la poitrine.

Il est pratiquement impossible de connaître tous les noms de ceux qui font partie des forces insurgées. A défaut d’une liste d’enrôlement, il faut se contenter d’une nomenclature partielle, dressée à la lumière des documents du temps.
Patriotes morts à Saint-Denis mais inhumés en d'autres lieux:
Honoré Bouteillet
Benjamin Durocher
François Lamoureux
Lévy Bourgeois
Charles-Ovide Perrault


vendredi 16 novembre 2012

Louis Riel est exécuté

16 novembre 1885, Louis Riel est exécuté.

Louis Riel est exécuté dans les quartiers de la Police Montée, à Régina; le leader Métis avait été condamné à la pendaison le premier août de la même année, après avoir été reconnu coupable de haute trahison.

Il avait dirigé la révolte des colons francophones de la Rivière Rouge et de l'Assiboine contre les injustices et les abus de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Comme le gouvernement fédéral soutenait les droits de cette compagnie, Riel fut contraint d'entrer en rébellion contre le pouvoir central. Avant de mourir, il a donné une entrevue exclusive au journaliste N.F. Davin qui s'était déguisé en prêtre pour entrer dans la prison. Sa condamnation, malgré de nombreuses protestations de personnalité du Québec, a pris dans la presse francophone du Canada une dimension nationale.

Le procès de Riel divise les francophones et les anglophones du pays. Les Canadiens français, sensibles à la cause des Métis, crient à l'injustice et réclament son acquittement. Il est jugé à Regina, devant un jury composé exclusivement d'anglophones, et est pendu le 16 novembre 1885. Les Ontariens, souhaitant venger la mort de Scott, tué par les métis en 1870 et considérant les Métis comme des rebelles, accueillent avec satisfaction l'annonce de sa pendaison.

Ce texte fut tiré, entre autre du site:
http://franco.ca/edimage/grandspersonnages/fr/carte_r03.html


jeudi 15 novembre 2012

Rodolphe Des Rivières 1812-1847

RODOLPHE DES RIVIÈRES, (baptisé Michel-Rodolphe Trottier Des Rivières Beaubien ; il se fit appeler Rodolphe Des Rivières Beaubien ou Rodolphe Des Rivières et il signait R. Des Rivières ou R. DesRivières), patriote et marchand, né le 5 mai 1812 et baptisé quatre jours plus tard à Lac-des-Deux-Montagnes (Oka, Québec), fils de Pierre-Charles-Robert Trottier Des Rivières Beaubien et d’Henriette Pillet ; décédé vraisemblablement célibataire le 17 mars 1847 et inhumé trois jours plus tard à Montréal.

Depuis la fin des années 1780 environ, du fait que la forte concurrence des marchands britanniques l’avait alors forcée d’abandonner la traite des fourrures, la famille Trottier Des Rivières Beaubien connaissait un net déclin. Au moment où Rodolphe Des Rivières vit le jour, en 1812, Pierre-Charles-Robert Trottier Des Rivières Beaubien exploitait à Lac-des-Deux-Montagnes un commerce de détail, probablement hérité de son père, Eustache-Ignace. On ignore si Rodolphe fit des études classiques ou si son père le prit dans son établissement pour l’initier aux affaires. Chose certaine, il acquit quelque formation, car il travaillait en 1837 à titre de teneur de livres à la Banque du peuple [V. Louis-Michel Viger], à Montréal.

Énergique et combatif de nature, Des Rivières s’intéressa tôt à la politique. En 1837, il s’était joint au groupe des jeunes patriotes montréalais qui militaient dans le parti de Louis-Joseph Papineau et qui fréquentaient la librairie d’Édouard-Raymond Fabre. À l’été de cette année-là, il se signala par un exploit que raconte son frère, Adélard-Isidore, dans ses mémoires. Un soir, Rodolphe et quelques amis assistaient à une représentation donnée à Montréal devant un public composé en majorité de Britanniques. Lorsque l’orchestre joua le God save the Queen, les jeunes gens restèrent assis et gardèrent leur chapeau sur la tête. « Hats off ! Hats off ! » leur cria-t-on de toutes parts, mais les patriotes faisaient la sourde oreille. Plusieurs officiers et bureaucrates offusqués voulurent les expulser du théâtre. Peu nombreux, les Canadiens n’eurent pas le choix. L’un des derniers à sortir, Des Rivières reçut un coup de poing sur la nuque. Il se retourna et reconnut le docteur Jones, chirurgien de l’armée britannique. Deux ou trois jours plus tard, il alla trouver son agresseur, rue Notre-Dame, et lui demanda des excuses, que ce dernier refusa de faire. Sur ces entrefaites, Des Rivières ne craignit pas d’affronter ce colosse de 6 pieds 3 pouces et de 230 livres, et il lui administra une véritable correction.

Le 5 septembre 1837, Des Rivières participa à l’hôtel Nelson à l’assemblée de fondation de l’association dite des Fils de la liberté [V. André Ouimet]. Sa grande popularité et sa réputation de courage contribuèrent à le faire nommer deux semaines plus tard chef de la section n° 6 de l’aile militaire de l’association, sous le commandement du général Thomas Storrow Brown. Le 4 octobre, il figura parmi les 44 signataires de l’« Adresse des Fils de la liberté de Montréal, aux jeunes gens des colonies de l’Amérique du Nord ». Il avait toute la confiance de Brown, qui lui proposa de venir l’aider à diriger les manœuvres de 600 à 1 200 Fils de la liberté le 22 octobre à la côte à Baron. Le lendemain, Des Rivières assista, selon l’historien Gérard Filteau, à l’assemblée des six comtés à Saint-Charles-sur-Richelieu. Puis, le 6 novembre, il prit part à la tumultueuse assemblée des Fils de la liberté, tenue à Montréal, et dans les batailles de rue qui s’ensuivirent le même jour il tomba à bras raccourcis sur quelques membres du Doric Club.

Pour échapper au mandat d’arrestation que le gouverneur, lord Gosford [Acheson], était sur le point de lancer contre lui, Des Rivières quitta Montréal dans la nuit du 15 au 16 novembre 1837 et gagna Varennes. Là, il rencontra Brown qu’il accompagna ensuite à Saint-Charles-sur-Richelieu. Arrivé dans ce village le 18 novembre, Des Rivières fit partie du groupe de patriotes qui s’emparèrent du manoir du seigneur Pierre-Dominique Debartzch. Après quoi il entreprit avec les chefs patriotes de l’endroit, Siméon Marchesseault et Jean-Philippe Boucher-Belleville, d’établir un camp retranché. Le lendemain, Brown procéda à la formation d’une compagnie militaire, et Des Rivières fut fait colonel. D’après la déposition de John Edward Raymo (Raymond), ébéniste de Saint-Charles-sur-Richelieu, recueillie le 21 novembre, Des Rivières faisait office d’agent seigneurial et, en cette qualité, il avait remis des reçus pour le grain à réquisitionner chez dix habitants des environs. Simon Talon Lespérance, marchand et juge de paix de La Présentation, que les patriotes détinrent du 22 au 24 novembre, déclara qu’« un détachement de Brigands dont Rodolphe Dérivieres chef des fils de la liberté etoit en tête [...] setoient emparé [...] de cinq Milles Minots de grain [...] [de] [s]es cheveaux [et de] dix cochon gras tué et débité et emporté au camp de St charles ».

En compagnie de son frère Adélard-Isidore, Des Rivières arriva à Saint-Denis, sur le Richelieu, le 23 novembre 1837, au moment où la bataille était engagée. Il aida les partisans de Wolfred Nelson à poursuivre les soldats britanniques en fuite. Deux jours plus tard, de retour à Saint-Charles-sur-Richelieu, et peu avant que la bataille n’éclate, il se vit confier une brigade de patriotes et reçut l’ordre d’aller s’embusquer sur une colline boisée située à proximité du camp, dans le but d’attaquer le flanc de l’ennemi le moment venu. Lorsque le lieutenant-colonel George Augustus Wetherall et ses troupes se furent avancés à portée de fusil, Des Rivières et ses hommes ouvrirent un feu nourri sur l’assaillant. Les patriotes tinrent leur position jusqu’à ce que Wetherall lance contre eux une compagnie de grenadiers. Étant donné leur infériorité numérique, ils se dispersèrent alors et se cachèrent dans les bois pour se dérober aux Britanniques.

Après cette défaite, Des Rivières se réfugia à Saint-Denis. Le 29 novembre 1837, on mit sa tête à prix : une récompense de £100 était offerte à quiconque le livrerait à la justice. Deux jours plus tard, il s’enfuit vers les États-Unis avec Nelson et quelques autres patriotes. Il fut cependant arrêté à Bedford le 7 décembre en compagnie de Boucher-Belleville, Marchesseault, Timothée Kimber et un ou deux autres compagnons. D’abord incarcéré au fort Lennox, dans l’île aux Noix, Des Rivières fut transporté le 12 décembre à la prison de Montréal avec notamment Marchesseault et Robert-Shore-Milnes Bouchette. Le 26 juin 1838, en retour d’une promesse d’amnistie à l’ensemble des prisonniers politiques, il consentit avec sept autres patriotes à signer un aveu de culpabilité. Ce geste imprudent lui valut d’être condamné deux jours plus tard, aux termes de la proclamation de lord Durham [Lambton], à l’exil. Le 4 juillet, il partit de Québec à bord de la frégate Vestal et il descendit à Hamilton, aux Bermudes, le 28 du même mois.

Relâché le 26 octobre 1838 à cause du désaveu de l’ordonnance de lord Durham, Des Rivières s’embarqua pour les États-Unis. À son arrivée sur le sol américain le 9 novembre, il ne chercha pas, contrairement à la plupart des autres exilés, à rentrer immédiatement au Bas-Canada. Après l’échec de la seconde insurrection, il choisit de s’établir à New York où il s’orienta vers les affaires. Il se mit en contact avec un riche marchand new-yorkais nommé Dempsey, qui le prit comme associé dans sa maison de commerce, sans doute incité par son sens du négoce et son intégrité. Peut-être est-ce à titre d’agent de cet établissement que Des Rivières fit en 1842 un voyage de plus de huit mois qui, d’après Ægidius Fauteux, le conduisit en Angleterre, en Italie et en France. De retour aux États-Unis, il aurait eu l’intention en 1843 et en 1844, selon Louis-Joseph-Amédée Papineau, d’épouser la sœur ou la fille de Dempsey ; toutefois, on n’a trouvé aucune trace d’un mariage. Peu après la création de la Société des amis [V. Guillaume Lévesque], en novembre 1844, Des Rivières adhéra à cette association à titre de membre correspondant à New York.

Rodolphe Des Rivières ne revint au Bas-Canada qu’après novembre 1844. Il s’établit comme marchand à Montréal sous la raison sociale de DesRivières et Dempsey. Il mourut le 17 mars 1847 d’une maladie du foie, à l’âge de 34 ans seulement, « au moment même, selon un chroniqueur de la Minerve du 22 mars, où il commençait à s’élancer sur une horizon commercial élevé et prospère ». Le 6 décembre 1848, un grand nombre de ses amis se réunirent au cimetière catholique de Montréal pour élever sur sa tombe un magnifique marbre portant, entre autres, les mots : « Exilé politique aux Bermudes, en juin 1838 ». On venait d’honorer la mémoire d’un patriote intrépide et généreux.

Un portrait au crayon de Rodolphe Des Rivières, dessiné durant son séjour à la prison de Montréal par Jean-Joseph Girouard en 1837 ou 1838, fait partie de la collection Girouard et est conservé aux APC.  ANQ-M, CE1-51, 20 mars 1847 ; CE6-3, 9 mai 1812.— ANQ-Q, E17/6, nos 1–2, 14, 18, 22 ; E17/9, nos 291, 352, 354–355 ; E17/15, nos 857–858a, 869 ; E17/37, nº 3020 ; E17/39, nº 3150 ; E17/51, n° 4145 ; E17/52, nº 6 ; P-409 ; P-417/11, nº 1037; 13, nos 1113, 1141.— APC, MG 24, B2, 17–21.— BVM-G, Fonds Ægidius Fauteux, notes compilées par Ægidius Fauteux sur les patriotes de 1837–1838 dont les noms commencent par la lettre D, carton 4.— Univ. of B. C. Library (Vancouver), Special Coll. Division, lettres de Rodolphe Des Rivières.— R.-S.-M. Bouchette, Mémoires de Robert-S.-M. Bouchette, 1805–1840 (Montréal, 1903), 56–60, 69–115.— T. S. Brown, 1837 : my connection with it (Québec, 1898), 16–37.— A.-I. Des Rivières, « Insurection de 1837 : mémoires inédites laissées par feu le docteur Adélard-Isidore Des Rivières, l’un des Fils de la liberté », la Patrie, 12 mars 1898 : 8.— « Documents inédits », Yvon Thériault, édit., RHAF, 16 (1962–1963) : 117–126, 436–440.— L.-J.-A. Papineau, Journal d’un Fils de la liberté.— La Minerve, 28 août, 7 sept., 5, 9 oct., 9 nov. 1837, 18, 22 mars 1847, 7 déc. 1848.— Fauteux, Patriotes, 27–28, 38–39, 56–61, 145–146, 210–212.— Tanguay, Dictionnaire, 7 : 353–360.— Anecdotes canadiennes suivies de mœurs, coutumes et industries d’autrefois ; mots historiques, miettes de l’histoire, É.-Z. Massicotte, compil. ([2e éd.], Montréal, 1925), 107–108.— Jean Béraud, 350 ans de théâtre au Canada français (Ottawa, 1958), 34.— Hector Berthelot, Montréal, le bon vieux temps, É.-Z. Massicotte, compil. (2e éd., 2 vol. en 1, Montréal, 1924), 1 : 47–48.— J. D. Borthwick, Jubilé de diamant ; rébellion de 37–38 ; précis complet de cette période ; rôle d’honneur ou liste complète des patriotes détenus dans les prisons de Montréal en 1837–1838–1839 ; date et lieux des arrestations et autres détails intéressants et inédits sur ce sujet (Montréal, 1898), 36, 89–91.— Chapais, Cours d’hist. du Canada, 4 : 196, 206.— Christie, Hist. of L. C. (1866).— L.-O. David, les Gerbes canadiennes (Montréal, 1921), 163 ; Patriotes, 13–20, 37–42, 65–71, 137–140.— Ægidius Fauteux, le Duel au Canada (Montréal, 1934), 225–231.— Filteau, Hist. des patriotes (1975), 117, 207–208, 244, 271–276, 301–309, 336–341, 348–349, 390–393.— F.-X. Garneau, Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à nos jours, Hector Garneau, édit. (8e éd., 9 vol., Montréal, 1944–1946), 9 : 97–98.— Laurin, Girouard & les Patriotes, 51.— É.-Z. Massicotte, Faits curieux de l’histoire de Montréal (2e éd., Montréal, 1924), 86–96.— Rumilly, Hist. de Montréal, 2 : 228, 243 ; Papineau et son temps.— Mason Wade, les Canadiens français, de 1760 à nos jours, Adrien Venne et Francis Dufau-Labeyrie, trad. (2e éd., 2 vol., Ottawa, 1966), 1 : 194–195.— Montarville Boucher de La Bruère, « Louis-Joseph Papineau, de Saint-Denis à Paris », Cahiers des Dix, 5 (1940) : 79–106.— Émile Chartier, « Après « l’affaire de Saint-Denis », 1er–12 décembre 1837, d’après un mémoire de Brown », BRH, 56 (1950) : 130–147.— Claude Faribault, « Un atlas de Napoléon 1er, Notre-Dame de Stanbridge et la famille DesRivières », SGCF Mémoires, 33 (1982) : 26–29.— L.-A. Huguet-Latour, « la Société des amis », BRH, 8 (1902) : 121–122. J.-J. Lefebvre, « la Famille Malhiot, de Montréal et de Verchères », SGCF Mémoires, 12 (1961) : 149–154. Victor Morin, « Clubs et Sociétés notoires d’autrefois », Cahiers des Dix, 15 (1950) : 185–218. R.-L. Séguin, « Biographie d’un patriote de ’37, le Dr Luc-Hyacinthe Masson (1811–1880) », RHAF, 3 (1949–1950) : 349–366.— Léon Trépanier, « Figures de maires : Édouard-Raymond Fabre », Cahiers des Dix, 24 (1959) 189–208.

mardi 6 novembre 2012

Affrontement entre Les Fils de la Liberté et les membres du Doric Club.

Henri Julien in The Montreal Star, vol. 19, no 227 (28 septembre 1887)
 
Vendredi 6 novembre 1837 : Affrontement à Montréal entre Les Fils de la Liberté et les membres du Doric Club. Des maisons de Patriotes connus sont saccagées.
Les esprits sont donc gonflés à bloc à la suite de la tenue de l'assemblée des Six Comtés tenue à Saint-Charles le 23 octobre 1837, parallèlement à celle présidée par Peter McGill sur la Place-d'Armes à Montréal. C'est dans ce contexte bouillant, comme à tous les premiers lundis de chaque mois, que Les Fils de la Liberté planifient de s'assembler le 6 novembre. L'affrontement était inévitable puisque la veille, le Montreal Herald appelait les loyaux à se rassembler le lendemain (6 novembre) sur la Place-d'Armes afin de « tuer la rébellion dans l'oeuf ». Les jeunes patriotes se réunissent néanmoins à l'auberge Bonnacina de Montréal, située sur la rue Notre-Dame. Devant 500 à 600 personnes, l'assemblée adopte douze résolutions. Plusieurs orateurs s'y succèdent, dont Amury Girod, Edmund B. O'Callaghan, et Édouard-Étienne Rodier. Les discussions se tiennent dans la cour de l'auberge qui donne sur la rue Saint-Jacques – la « rue du sang » (en référence à l'élection du 21 mai 1832) – où se trouve déjà quelques-uns de leurs adversaires. À leur sortie, Les Fils de la Liberté mettent rapidement leurs opposants en fuite. C'est d'ailleurs à son retour chez lui que Brown est durement assailli par quelques bureaucrates. Il est blessé à un œil tandis que De Lorimier reçoit une balle à une cuisse. D'autres échauffourées du genre se déroulent un peu partout dans les rues de Montréal. Sur la rue Sainte-Thérèse, les bureaux du Vindicator sont saccagés.
Henri Julien in The Montreal Star, vol. 19, no 248 (22 octobre 1887): 3

À la suite de l'escarmouche du 6 novembre 1837, on dénombre une douzaine d'arrestations dont André Ouimet et George de Boucherville. Avec ce « début » de rébellion ouverte, ou de guerre civile, Colborne ordonne entre autre au 24e Régiment de quitter Kingston et de prendre quartier à Carillon, à l'extrême ouest du comté des Deux-Montagnes.

texte : La rébellion de 1837 à Saint-Eustache
liens : Émeute à Montréal : un bras de fer tombé dans l’oubli
         6 novembre 1837 - Assemblée des Fils de la Liberté

lundi 5 novembre 2012

L'improbable victoire des Patriotes en 1837

Résumé
Réal Houde exerce le métier d'animateur dans une école secondaire depuis 22 ans. Il a publié un essai généalogique ainsi que des articles généalogiques et historiques dans quelques revues spécialisées. Généalogiste de liation agréé (GFA), diplômé de la Fédération québécoise des sociétés de généalogie (septembre 2011), il a coanimé l'émission-radio Les belles histoires du Québec ancien sur les ondes de Radio Ville-Marie. Il est l'historien o‚ ciel de l'association Les Descendants de Louis Houde et de Madeleine Boucher (1655) inc. (DLHMB) et le généalogiste o‚ ciel de l'Association internationale des familles Rivard (AIFR). Auteur-compositeurinterprète, il a lancé le disque Le présent du temps. ‹


Ce livre jette un regard inédit sur les événements patriotiques qui se sont déroulés entre 1830 et 1837 dans la vallée du Richelieu. Les liens familiaux ont-ils eu une in” uence sur le cours de l'histoire des Patriotes ? Sans l'appui des clans seigneuriaux, les Patriotes pouvaient-ils réellement gagner ? L'Histoire appartient-elle aux personnes et aux groupes qui ont les moyens de la faire connaître, de la perpétuer ? Dans la genèse de notre démocratie, était-ce réellement possible d'amalgamer un système parlementaire basé sur la représentation de la population au système seigneurial existant ? L'auteur nous présente un parcours généalogique et historique qui met en lumière l'existence et la profondeur de quelques clans familiaux. Il a puisé dans les archives et chez les auteurs les preuves de son raisonnement, de son exposé. Un livre à lire en cet automne 2012, 175 ans après les événements de 1837.
Auteur :
Réal Houde
Date de publication :
01-09-2012
Format :
6 x 9
Nombre de page :
208
ISBN :
978-2-89627-321-8
Prix:
24.95 $ (CAN)

Les Éditions de la francophonie

Émission-radio 
"LES GENS DE MON PAYS".
Animation: Alice Côté Dupuis et Réal Houde.
Quand? Mercredi 14 h et samedi 11 h 30.
Sur Radio Ville-Marie.

Comment nous écouter:
 
Par Internet
Pour écouter RVM par Internet, vous pouvez cliquer sur le lien correspondant au lecteur sur votre ordinateur :
 

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