dimanche 2 décembre 2012

Un épisode de 1837

La Minerve 1 janvier 1873

Un épisode de 1837 - Chapitre XX

La sombre épopée touchait à sa péripétie, les Patriotes canadiens étaient anéantis; sir John Colborne achevait de les étouffer sous les ruines de leurs habitations, de les noyer dans les flots de leur propre sang.
Le lendemain des évènements que nous n'avons d'esquisser, le Herald de Montréal publiait ces incroyables blasphèmes ;
" Pour avoir la paix, il faut que nous fassions une solitude ; il faut balayer les Canadiens de la face de la terre... Dimanche soir, tout le pays en arrière de Laprairie présentait l'affreux spectacle d'une vaste nappe de flammes livides, et l'on rapporte que pas une maison rebelle n'a été laissé debout. Dieu sait ce que vont devenir les Canadiens qui n'ont pas péri, leurs femmes et leurs familles pendant l'hiver qui approche, puisqu'ils n'ont devant les yeux que les horreurs de la faim et du froid.....
" Néanmoins il faut que la suprématie soit main tenue, qu'elle demeure inviolable, que l'intégrité de l'empire soit respectée, et que la paix et la prospérité soient assurées aux Anglais, même aux dépens de la nation canadienne entière, "
" Sir John Colborne n'eut qu'à promener la torche de l'incendie, écrit M. Garneau, sans plus d'égards pour l'innocent que pour le coupable ; il brûla tout et ne laissa que des ruines et des cendres sur son passage. "

La loi martiale fut proclamée le 5 décembre, suite aux événements de novembre 1837, la loi martiale est décrétée dans le district de Montréal. Elle sera imposée jusqu'au 27 avril 1838. Le 4 novembre 38, dès les premiers signes d'un second soulèvement, elle est cependant instaurée de nouveau par le gouverneur John Colborne qui l'a maintiendra jusqu'au 24 août 1839.
Sous l'empire de la terreur organisée par ce  sir Colborne à qui l'Angleterre conféra le titre de lord Seaton pour le récompenser de ses monstrueux services, et dont les paysans canadiens changèrent le nom en celui de lord Satan, sous l'empire de cette terreur, les cours condamnèrent 89 prévenus à mort, 47 à la déportation à Botany-Bay, une foule d'autres à la Bermude, et confisquèrent tous leurs biens.

vendredi 23 novembre 2012

Hommage aux Patriotes tués à la bataille de Saint-Denis

Il est temps de se rappeler notre HISTOIRE et
de NOS ANCÊTRES PATRIOTES

14 Patriotes perdent la vie:

01 - André Mandeville (dit Romain) (de la paroisse de Saint-Denis). 

La colonne de choc du colonel Gore touche aux avant-postes de Saint-Denis vers les neuf heures du matin. Les soldats couchent en joue et abattent un homme qui tente d’atteindre le village à la course. C’est André Mandeville, un jeune peintre de la paroisse, son corps jeté à la rivière est repêché le 7 avril 1838.

02 - Un autre habitant (de la paroisse de Saint-Denis), son nom reste inconnu, qui a l’imprudence de se découvrir dans un champ, est aussitôt touché d’une balle. Selon Christie et Lysons, ces coups de feu sont tirés sans sommation ni avertissement

Les défenseurs, qui viennent de voir tomber Mandeville, vont leur réserver un brutal accueil. Un septuagénaire de Saint-Denis Augustin Laflèche, se tient en ce moment contre une embrasure de la maison Saint-Germain. D’un coup de fusil, il abat le premier soldat qui louvait entre les mottes. L’autre tombe sous les balles d’un franc-tireur posté dans une maison voisine. C’est le véritable signal du combat. Le colonel Gore commande aux artilleurs de trouer le toit. Il est à peu près onze heures. 

Un quatrième artilleur, quoique blessé, parvient à allumer la mèche après avoir pointé la pièce. Une sourde détonation, suivie d’un crépitement de fusils, ébranle toute la maison Saint-Germain. Le boulet fracasse une fenêtre du second étage. Des éclats de pierre crèvent le toit. A côté du chambranle,
03 - Honoré Boutillet (de Saint-Antoine)
04 - Joseph Dudevoir (de Saint-Denis)
05 - Eusèbe Phaneuf (de Saint-Denis) (Eusèbe Faneuf)
06 - Charles Saint-Germain (de Saint-Denis)
sont étendus, livides, figés par la mort. Des blessés gisent tout autour. Joseph Gravel et Louis Lacasse  ce dernier se trouvant près de l’infortuné Saint-Germain - reçoivent des éclats de pierre à l’épaule.
07 - Jean-Baptiste Patenaude (de Saint-Denis), à la jambe cassée, fut soigne par le jeune Georges-Etienne Cartier, (mais mourra quelques semaines plus tard( et Jean-Baptiste Dupré, de Saint-Ours, est atteint au genou.

 C’est le baptême de sang de la révolution. Ce premier boulet reste le seule décharge meurtrière de la journée. Le canon va continuer de tirer, à la cadence de quatre à cinq coups à l’heure, mais toujours contre la même fenêtre. Jusqu’à cette phase du combat, plusieurs officiers croyaient que le bruit de la canonnade allait terrifier les insurgés. Ils vont désenchanter lorsqu’une grêle de balles culbute les rangs des fusiliers qui s’avancent en parade.

Vers onze heures et quart, Nelson aperçoit des capots-gris qui s’exposent inutilement au feu des soldats en face de la maison. Il dépêche immédiatement son aide-de-camp,
08 - Charles-Ovide Perrault, (de Montréal) pour leur donner l’ordre de se retrancher dans une bâtisse voisine. Au plus fort d’un feu de barrage, le jeune député de Vaudreuil s’élance au dehors, le fusil à la main. Une fois dans la rue, il a la malheureuse idée de s’arrêter pour vider son arme sur des soldats anglais. Ce moment d’hésitation lui est fatal. Une première balle l’atteint au talon. Quelques secondes plus tard, un deuxième projectile lui perfore les intestins. Mortellement blessé, il a cependant la force de se trainer jusqu’à la maison Deschambault où une vielle femme, qui a refusé de fuir, le couche et pense ses blessures pendant qu’un boulet perce le toit et tombe près du lit. Il succombera durant la nuit de cette journée fatidique, à l'âge de 28 ans.

Nouveau vide dans les rangs Patriotes lorsque
09 - François Dufault (de Saint-Denis) (François Dufaux)
est tué instantanément, quelque minutes plus tard, d’une balle tirée par lord Cochrane avec une canne à air comprimé. Âgé de vingt-deux ans, la victime allait traverser la rue à la course pour se jeter dans la forteresse Saint-Germain.

Vers midi, un cultivateur de Saint-Denis,
10 - Pierre Minet (dit Montigny) (âgé de trente et un ans), est tué sur le coup par une balle, alors qu’il se montre à une fenêtre du pignon gauche de la maison Saint-Germain.

Un autre habitant,
11 - Antoine Amiel (dit Lusignan) (de Saint-Denis) (âgé de soixante ans), connaît le même sort une dizaine de minutes plus tard. Le vicaire Lagaorce a le temps de lui administrer les derniers sacrements. D’autres défenseurs sont touchés plus ou moins sérieusement. Pierre Allaire, de Saint-Antoine, a la joue perforée. Une balle lui entre dans la bouche pour sortir au-dessus de la gencive. Augustin Carignan, de la présentation, est blessé à la figure par une décharge de fusil. Un combattant de Saint-Denis, Lévi Larue, reçoit des éclats de pierre à la hanche et à la main gauche.

On se bat depuis bientôt quatre heures sans que les troupes aient réussi une percée intéressante. Le colonel Gore, vétéran des guerres napoléoniennes, ne peut supporter que des habitants lui tiennent si merveilleusement tête. Les officiers se consultent afin de trouver un moyen d’en finir au plus vite avec ces habitants. Des renforts sont dépêchés aux occupants de la grange Phaneuf, qui au nombre d’environ cent cinquante, ont ordre de pénétrer directement dans le village pour cerner les positions insurgées. Le combat devient languissant. Les coups de feu sont isolés. Le colonel Gore, qui aime tant à se vanter d’avoir fait trembler l’Aigle impérial de France à Waterloo, ne sait vraiment plus comment s’en tirer. La résistance Patriote, loin de faiblir se raffermit d’heure en heure.

12 - Benjamin Durocher (de Saint-Antoine), des éclats de voix, venant de la grange Phaneuf, nouvellement occupée par les Habits-Rouges, parviennent aux défenseurs de la distillerie de Nelson. Dans le tumulte, Benjamin Durocher reconnait des amis. Rien de plus pressé que d’aller les rejoindre. Il réalise son erreur quand les soldats le couchent en joue, mais c’est trop tard. Mortellement blessé, le Patriote s’écroule à mi-chemin entre la distillerie et la maison Saint-Germain.

Il songe à sa fâcheuse position quand, vers deux heures de l’après-midi, les échos d’un refrain du terroir parviennent de la rivière. C’est le passeur Roberge qui traverse lentement le Richelieu à la tête d’une file de barques. Les embarcations portent une centaine de Patriotes de Saint-Antoine, de Saint-Ours, de Saint-Roch, de Contrecœur et de Verchères qui s’amènent au secours de leurs frères de Saint-Denis.
Les apercevant, les Anglais braquent sur eux la pièce d’artillerie et les canons de leurs fusils. On sait que le sort de la journée dépend grandement de ces renforts. Une grêle de plombs labourer les madriers
des chalands. Roberge monte le premier bac où sont massés une vingtaine d’hommes. Un boulet arrache un morceau de l’embarcation et brise l’aviron qu’il tient à la main. Calme, Roberge commande: «couchez-vous». Debout, il dirige le mouvement pendant que les Patriotes échappent aux balles des fusilleurs en se collant au fond du bac. Toute la troupe débarque à l’arrière de la distillerie.


La fusillade n’a fait qu’exciter le courage des hommes de Cartier.
En abordant derrière la distillerie, il se répandent dans tout le village, communiquant à chacun une ardeur nouvelle. Des Patriotes, restés sur la défensive depuis le matin, sortent de leur abri pour passer à l’offensive. Armés de fourches, de faux et de bâtons, ils chargent les lignes anglaises avec tant d’entrain que plusieurs soldats n’ont même pas le temps de recharger leurs armes. L’habitant audacieux, s’attaque au flanc même de l’armé de Gore. Un groupe d’insurgés s’élance vers la grange Phaneuf où se tient une partie du 32ème régiment, en culbute les défenseurs s’empare de la position à coups de poing.


Les forces britanniques dégringolent lamentablement. Elles en sont à leur position de la matinée, soit à quatre ou cinq maisons à l’entrée du village où elles tentent désespérément de se barricader. mais le Patriote est partout, derrière les clôtures de perches, les cordes de bois de chauffage, les granges, sur le toit des habitations, vers la gauche, vers la droite, vers le centre. La charge des insurgés est inévitable. Gore n’a même plus de peloton de réserve pour barrer la route. Les militaires n’ont pas mangé depuis le matin. Leurs vêtements, mouillés durant la marche de la nuit précédente, leur ont gelé sur le dos. Le vent nordique, qui siffle dès l’avant-midi, achève de glacer complètement les assiégeants. L’instant est tragique pour les régiments de Victoria. Gore doit décamper avant que les Patriotes le prennent à revers et lui coupent toute retraite.

Le commandant britannique fait sonner le départ, à trois heures et quart de l’après-midi, après plus de six heures de combat. Le clairon éclate, et sous le feu plongeant des insurgés, les troupiers recueillent à la hâte les blessés qu’ils entassent dans les chariots. Les morts sont jetés dans le Richelieu, puis c’est la retraite générale. Vers quatre heures, l’arrière-garde des Habits-Rouges, formée du 24ème régiment, commandé par le lieutenant-colonel Hugues, dépasse la maison Lamothe, la première sur la rue Saint-Denis. Quelques instant plus tard, la troupe s’efface graduellement au loin, sur le chemin de la reine.

De partout, les hommes sortent des maisons qu’ils viennent de défendre si farouchement. Le décor du combat se dresse lamentablement. Les chambranles arrachés, les murs lacérés de balles, les meubles
brisés, les rideaux déchirés et le sang coagulé sur les parquets attestent des glorieux événements qui viennent de se dérouler. On a enlevé les morts et transporté ailleurs les blessés auprès s’affairent
Nelson et quelques autres.

Malgré les ordres du commandant Patriote, qui veut s’en tenir à une stricte défensive, David Bourdages prend la tête de quelques insurgés qui partent à la chasse à l’Anglais. Sans la bravoure et le sang-froid du lieutenant-colonel Hugues, la brigade de Gore aurait connu la plus humiliante défaite, pour filer plus vite, les troupes abandonnent armes et munitions sur le bord de la route. malgré tout, elles ont à peine atteint le pont Laplante lorsque la nuit tombe, vers six heures. Le froid est plus piquant et une légère couche de neige couvre maintenant le sol. Posté en tirailleurs derrière chaque arbre, Bourdages et ses hommes harcèlent les militaires sans répit. Les chevaux, qui tirent les fourgons et le canon, avancent péniblement dans les ornières de glaise. Pour aller plus rapidement, Lysons et le capitaine Crompton attellent leurs montures au canon. Peine perdue, la pièce s’enlise jusqu'au moyeu dans la boue du pont Laplante. Comme Bourdages et sa troupe sont dans les parages, les fuyards enclouent le canon et l’abandonnent sur la route. pour alléger les voitures, Gore fait jeter plus de cent cinquante
boulets et la plus grande partie de ses munitions au fond du ruisseau.

L’obscurité se faisant de plus en plus dense, Bourdages et ses hommes font demi-tour au pont Laplante et rentrent à Saint-Denis avec quatre soldats qu’ils ont capturés en cours de route. Les poursuivants s’attellent au canon qu’ils parviennent à tirer de la glaise et à trainer jusqu’au village comme trophée de guerre . On les reçoit en triomphateurs. Dans la chaleur de la poursuite, Bourdages a perdu deux hommes:
13 - François Lamoureux, (de Saint-Ours), âgé de dix-sept ans, s’est approché trop imprudemment des soldats. L’un d’eux l’a abattu d’une balle à la poitrine, ainsi que
14 - Lévis Bourgeois, (de Saint-Antoine).

Il est pratiquement impossible de connaître tous les noms de ceux qui font partie des forces insurgées. A défaut d’une liste d’enrôlement, il faut se contenter d’une nomenclature partielle, dressée à la lumière des documents du temps.

Les vainqueurs de Saint-Denis ont l’impérieux devoir d’inhumer les morts. Dans la matinée du samedi 25, les corps de François Dufaux, Eusèbe Phaneuf, Charles Saint-Germain, Pierre Minet, Joseph Dudevoir et Antoine Lusignan sont enterrés à Saint-Denis. Point de prières à l’église et les dépouilles sont portées directement en terre, pendant que le vicaire Lagorce se rend à la sacristie pour y rédiger les attestations officielles de décès. Le curé Demers, qui n’a jamais caché sa sympathie aux autorités britanniques, refuse toute sépulture ecclésiastique aux patriotes qui ont trouvé la mort en se battant contre Sa Majesté la reine. Il les considérait comme des excommuniés, puisqu’ils n’avaient pas eu le temps de se confesser avant de trépasser.
Le même jour, les corps de Charles-Ovide Perrault, Lévi Bourgeois, Benjamin Durocher et Honoré Boutillet sont inhumés à Saint-Antoine. La décision du curé Demers soulève un tollé général dans toute la paroisse.
Devant l’indignation populaire, le prêtre chouayen gagne Saint-Aimé, puis Saint-François-du-Lac, laissant son vicaire seul à Saint-Denis. Les habitants ne continent pas moins de réclamer un service funèbre pour ceux qui sont tombés durant la glorieuse journée du 23. Pris entre la sympathie qu’il éprouve pour les Patriotes et l’obéissance qu’il doit à son curé, l’abbé Lagorce disparaît à son tour.
Et le rideau tombe sur cet héroïque chapitre de l’histoire québecoise.

Inhumés sans honneur, les vainqueurs de Saint-Denis n’auront même pas droit au respect d’un ennemi contre lequel ils se sont si noblement et si farouchement dressés. John George Lambton, comte de Lord Durham, est nommé gouverneur général du canada le 30 mars 1838. Parlant des Français canadiens, l’aristocrate de Lambton Castle, grand-croix du Bain, écrit dédaigneusement à sa Majesté la reine le 31 janvier 1838. «They are a people with no history…»

Et pourtant, le jeudi 23 novembre 1837, après six heures de combat, des habitants, vêtus d’étoffe du pays et armés de fusils de chasse, ont battu, définitivement des régiments britanniques commandés par un officier qui a vu le feu à Waterloo.

Mais la victoire militaire n’est pas leur unique gloire. Les Patriotes de Saint-Denis nous indiquaient le chemin de la dignité et de la liberté. Semence féconde dont nous récoltons aujourd’hui les fruits.

Patriotes morts à Saint-Denis mais inhumés en d'autres lieux:
Honoré Bouteillet
Benjamin Durocher
François Lamoureux
Lévy Bourgeois
Charles-Ovide Perrault





Maison nationale des Patriotes

vendredi 16 novembre 2012

Louis Riel est exécuté

16 novembre 1885, Louis Riel est exécuté.

Louis Riel est exécuté dans les quartiers de la Police Montée, à Régina; le leader Métis avait été condamné à la pendaison le premier août de la même année, après avoir été reconnu coupable de haute trahison.

Il avait dirigé la révolte des colons francophones de la Rivière Rouge et de l'Assiboine contre les injustices et les abus de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Comme le gouvernement fédéral soutenait les droits de cette compagnie, Riel fut contraint d'entrer en rébellion contre le pouvoir central. Avant de mourir, il a donné une entrevue exclusive au journaliste N.F. Davin qui s'était déguisé en prêtre pour entrer dans la prison. Sa condamnation, malgré de nombreuses protestations de personnalité du Québec, a pris dans la presse francophone du Canada une dimension nationale.

Le procès de Riel divise les francophones et les anglophones du pays. Les Canadiens français, sensibles à la cause des Métis, crient à l'injustice et réclament son acquittement. Il est jugé à Regina, devant un jury composé exclusivement d'anglophones, et est pendu le 16 novembre 1885. Les Ontariens, souhaitant venger la mort de Scott, tué par les métis en 1870 et considérant les Métis comme des rebelles, accueillent avec satisfaction l'annonce de sa pendaison.

Ce texte fut tiré, entre autre du site:
http://franco.ca/edimage/grandspersonnages/fr/carte_r03.html


jeudi 15 novembre 2012

Rodolphe Des Rivières 1812-1847

RODOLPHE DES RIVIÈRES, (baptisé Michel-Rodolphe Trottier Des Rivières Beaubien ; il se fit appeler Rodolphe Des Rivières Beaubien ou Rodolphe Des Rivières et il signait R. Des Rivières ou R. DesRivières), patriote et marchand, né le 5 mai 1812 et baptisé quatre jours plus tard à Lac-des-Deux-Montagnes (Oka, Québec), fils de Pierre-Charles-Robert Trottier Des Rivières Beaubien et d’Henriette Pillet ; décédé vraisemblablement célibataire le 17 mars 1847 et inhumé trois jours plus tard à Montréal.

Depuis la fin des années 1780 environ, du fait que la forte concurrence des marchands britanniques l’avait alors forcée d’abandonner la traite des fourrures, la famille Trottier Des Rivières Beaubien connaissait un net déclin. Au moment où Rodolphe Des Rivières vit le jour, en 1812, Pierre-Charles-Robert Trottier Des Rivières Beaubien exploitait à Lac-des-Deux-Montagnes un commerce de détail, probablement hérité de son père, Eustache-Ignace. On ignore si Rodolphe fit des études classiques ou si son père le prit dans son établissement pour l’initier aux affaires. Chose certaine, il acquit quelque formation, car il travaillait en 1837 à titre de teneur de livres à la Banque du peuple [V. Louis-Michel Viger], à Montréal.

Énergique et combatif de nature, Des Rivières s’intéressa tôt à la politique. En 1837, il s’était joint au groupe des jeunes patriotes montréalais qui militaient dans le parti de Louis-Joseph Papineau et qui fréquentaient la librairie d’Édouard-Raymond Fabre. À l’été de cette année-là, il se signala par un exploit que raconte son frère, Adélard-Isidore, dans ses mémoires. Un soir, Rodolphe et quelques amis assistaient à une représentation donnée à Montréal devant un public composé en majorité de Britanniques. Lorsque l’orchestre joua le God save the Queen, les jeunes gens restèrent assis et gardèrent leur chapeau sur la tête. « Hats off ! Hats off ! » leur cria-t-on de toutes parts, mais les patriotes faisaient la sourde oreille. Plusieurs officiers et bureaucrates offusqués voulurent les expulser du théâtre. Peu nombreux, les Canadiens n’eurent pas le choix. L’un des derniers à sortir, Des Rivières reçut un coup de poing sur la nuque. Il se retourna et reconnut le docteur Jones, chirurgien de l’armée britannique. Deux ou trois jours plus tard, il alla trouver son agresseur, rue Notre-Dame, et lui demanda des excuses, que ce dernier refusa de faire. Sur ces entrefaites, Des Rivières ne craignit pas d’affronter ce colosse de 6 pieds 3 pouces et de 230 livres, et il lui administra une véritable correction.

Le 5 septembre 1837, Des Rivières participa à l’hôtel Nelson à l’assemblée de fondation de l’association dite des Fils de la liberté [V. André Ouimet]. Sa grande popularité et sa réputation de courage contribuèrent à le faire nommer deux semaines plus tard chef de la section n° 6 de l’aile militaire de l’association, sous le commandement du général Thomas Storrow Brown. Le 4 octobre, il figura parmi les 44 signataires de l’« Adresse des Fils de la liberté de Montréal, aux jeunes gens des colonies de l’Amérique du Nord ». Il avait toute la confiance de Brown, qui lui proposa de venir l’aider à diriger les manœuvres de 600 à 1 200 Fils de la liberté le 22 octobre à la côte à Baron. Le lendemain, Des Rivières assista, selon l’historien Gérard Filteau, à l’assemblée des six comtés à Saint-Charles-sur-Richelieu. Puis, le 6 novembre, il prit part à la tumultueuse assemblée des Fils de la liberté, tenue à Montréal, et dans les batailles de rue qui s’ensuivirent le même jour il tomba à bras raccourcis sur quelques membres du Doric Club.

Pour échapper au mandat d’arrestation que le gouverneur, lord Gosford [Acheson], était sur le point de lancer contre lui, Des Rivières quitta Montréal dans la nuit du 15 au 16 novembre 1837 et gagna Varennes. Là, il rencontra Brown qu’il accompagna ensuite à Saint-Charles-sur-Richelieu. Arrivé dans ce village le 18 novembre, Des Rivières fit partie du groupe de patriotes qui s’emparèrent du manoir du seigneur Pierre-Dominique Debartzch. Après quoi il entreprit avec les chefs patriotes de l’endroit, Siméon Marchesseault et Jean-Philippe Boucher-Belleville, d’établir un camp retranché. Le lendemain, Brown procéda à la formation d’une compagnie militaire, et Des Rivières fut fait colonel. D’après la déposition de John Edward Raymo (Raymond), ébéniste de Saint-Charles-sur-Richelieu, recueillie le 21 novembre, Des Rivières faisait office d’agent seigneurial et, en cette qualité, il avait remis des reçus pour le grain à réquisitionner chez dix habitants des environs. Simon Talon Lespérance, marchand et juge de paix de La Présentation, que les patriotes détinrent du 22 au 24 novembre, déclara qu’« un détachement de Brigands dont Rodolphe Dérivieres chef des fils de la liberté etoit en tête [...] setoient emparé [...] de cinq Milles Minots de grain [...] [de] [s]es cheveaux [et de] dix cochon gras tué et débité et emporté au camp de St charles ».

En compagnie de son frère Adélard-Isidore, Des Rivières arriva à Saint-Denis, sur le Richelieu, le 23 novembre 1837, au moment où la bataille était engagée. Il aida les partisans de Wolfred Nelson à poursuivre les soldats britanniques en fuite. Deux jours plus tard, de retour à Saint-Charles-sur-Richelieu, et peu avant que la bataille n’éclate, il se vit confier une brigade de patriotes et reçut l’ordre d’aller s’embusquer sur une colline boisée située à proximité du camp, dans le but d’attaquer le flanc de l’ennemi le moment venu. Lorsque le lieutenant-colonel George Augustus Wetherall et ses troupes se furent avancés à portée de fusil, Des Rivières et ses hommes ouvrirent un feu nourri sur l’assaillant. Les patriotes tinrent leur position jusqu’à ce que Wetherall lance contre eux une compagnie de grenadiers. Étant donné leur infériorité numérique, ils se dispersèrent alors et se cachèrent dans les bois pour se dérober aux Britanniques.

Après cette défaite, Des Rivières se réfugia à Saint-Denis. Le 29 novembre 1837, on mit sa tête à prix : une récompense de £100 était offerte à quiconque le livrerait à la justice. Deux jours plus tard, il s’enfuit vers les États-Unis avec Nelson et quelques autres patriotes. Il fut cependant arrêté à Bedford le 7 décembre en compagnie de Boucher-Belleville, Marchesseault, Timothée Kimber et un ou deux autres compagnons. D’abord incarcéré au fort Lennox, dans l’île aux Noix, Des Rivières fut transporté le 12 décembre à la prison de Montréal avec notamment Marchesseault et Robert-Shore-Milnes Bouchette. Le 26 juin 1838, en retour d’une promesse d’amnistie à l’ensemble des prisonniers politiques, il consentit avec sept autres patriotes à signer un aveu de culpabilité. Ce geste imprudent lui valut d’être condamné deux jours plus tard, aux termes de la proclamation de lord Durham [Lambton], à l’exil. Le 4 juillet, il partit de Québec à bord de la frégate Vestal et il descendit à Hamilton, aux Bermudes, le 28 du même mois.

Relâché le 26 octobre 1838 à cause du désaveu de l’ordonnance de lord Durham, Des Rivières s’embarqua pour les États-Unis. À son arrivée sur le sol américain le 9 novembre, il ne chercha pas, contrairement à la plupart des autres exilés, à rentrer immédiatement au Bas-Canada. Après l’échec de la seconde insurrection, il choisit de s’établir à New York où il s’orienta vers les affaires. Il se mit en contact avec un riche marchand new-yorkais nommé Dempsey, qui le prit comme associé dans sa maison de commerce, sans doute incité par son sens du négoce et son intégrité. Peut-être est-ce à titre d’agent de cet établissement que Des Rivières fit en 1842 un voyage de plus de huit mois qui, d’après Ægidius Fauteux, le conduisit en Angleterre, en Italie et en France. De retour aux États-Unis, il aurait eu l’intention en 1843 et en 1844, selon Louis-Joseph-Amédée Papineau, d’épouser la sœur ou la fille de Dempsey ; toutefois, on n’a trouvé aucune trace d’un mariage. Peu après la création de la Société des amis [V. Guillaume Lévesque], en novembre 1844, Des Rivières adhéra à cette association à titre de membre correspondant à New York.

Rodolphe Des Rivières ne revint au Bas-Canada qu’après novembre 1844. Il s’établit comme marchand à Montréal sous la raison sociale de DesRivières et Dempsey. Il mourut le 17 mars 1847 d’une maladie du foie, à l’âge de 34 ans seulement, « au moment même, selon un chroniqueur de la Minerve du 22 mars, où il commençait à s’élancer sur une horizon commercial élevé et prospère ». Le 6 décembre 1848, un grand nombre de ses amis se réunirent au cimetière catholique de Montréal pour élever sur sa tombe un magnifique marbre portant, entre autres, les mots : « Exilé politique aux Bermudes, en juin 1838 ». On venait d’honorer la mémoire d’un patriote intrépide et généreux.

Un portrait au crayon de Rodolphe Des Rivières, dessiné durant son séjour à la prison de Montréal par Jean-Joseph Girouard en 1837 ou 1838, fait partie de la collection Girouard et est conservé aux APC.  ANQ-M, CE1-51, 20 mars 1847 ; CE6-3, 9 mai 1812.— ANQ-Q, E17/6, nos 1–2, 14, 18, 22 ; E17/9, nos 291, 352, 354–355 ; E17/15, nos 857–858a, 869 ; E17/37, nº 3020 ; E17/39, nº 3150 ; E17/51, n° 4145 ; E17/52, nº 6 ; P-409 ; P-417/11, nº 1037; 13, nos 1113, 1141.— APC, MG 24, B2, 17–21.— BVM-G, Fonds Ægidius Fauteux, notes compilées par Ægidius Fauteux sur les patriotes de 1837–1838 dont les noms commencent par la lettre D, carton 4.— Univ. of B. C. Library (Vancouver), Special Coll. Division, lettres de Rodolphe Des Rivières.— R.-S.-M. Bouchette, Mémoires de Robert-S.-M. Bouchette, 1805–1840 (Montréal, 1903), 56–60, 69–115.— T. S. Brown, 1837 : my connection with it (Québec, 1898), 16–37.— A.-I. Des Rivières, « Insurection de 1837 : mémoires inédites laissées par feu le docteur Adélard-Isidore Des Rivières, l’un des Fils de la liberté », la Patrie, 12 mars 1898 : 8.— « Documents inédits », Yvon Thériault, édit., RHAF, 16 (1962–1963) : 117–126, 436–440.— L.-J.-A. Papineau, Journal d’un Fils de la liberté.— La Minerve, 28 août, 7 sept., 5, 9 oct., 9 nov. 1837, 18, 22 mars 1847, 7 déc. 1848.— Fauteux, Patriotes, 27–28, 38–39, 56–61, 145–146, 210–212.— Tanguay, Dictionnaire, 7 : 353–360.— Anecdotes canadiennes suivies de mœurs, coutumes et industries d’autrefois ; mots historiques, miettes de l’histoire, É.-Z. Massicotte, compil. ([2e éd.], Montréal, 1925), 107–108.— Jean Béraud, 350 ans de théâtre au Canada français (Ottawa, 1958), 34.— Hector Berthelot, Montréal, le bon vieux temps, É.-Z. Massicotte, compil. (2e éd., 2 vol. en 1, Montréal, 1924), 1 : 47–48.— J. D. Borthwick, Jubilé de diamant ; rébellion de 37–38 ; précis complet de cette période ; rôle d’honneur ou liste complète des patriotes détenus dans les prisons de Montréal en 1837–1838–1839 ; date et lieux des arrestations et autres détails intéressants et inédits sur ce sujet (Montréal, 1898), 36, 89–91.— Chapais, Cours d’hist. du Canada, 4 : 196, 206.— Christie, Hist. of L. C. (1866).— L.-O. David, les Gerbes canadiennes (Montréal, 1921), 163 ; Patriotes, 13–20, 37–42, 65–71, 137–140.— Ægidius Fauteux, le Duel au Canada (Montréal, 1934), 225–231.— Filteau, Hist. des patriotes (1975), 117, 207–208, 244, 271–276, 301–309, 336–341, 348–349, 390–393.— F.-X. Garneau, Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à nos jours, Hector Garneau, édit. (8e éd., 9 vol., Montréal, 1944–1946), 9 : 97–98.— Laurin, Girouard & les Patriotes, 51.— É.-Z. Massicotte, Faits curieux de l’histoire de Montréal (2e éd., Montréal, 1924), 86–96.— Rumilly, Hist. de Montréal, 2 : 228, 243 ; Papineau et son temps.— Mason Wade, les Canadiens français, de 1760 à nos jours, Adrien Venne et Francis Dufau-Labeyrie, trad. (2e éd., 2 vol., Ottawa, 1966), 1 : 194–195.— Montarville Boucher de La Bruère, « Louis-Joseph Papineau, de Saint-Denis à Paris », Cahiers des Dix, 5 (1940) : 79–106.— Émile Chartier, « Après « l’affaire de Saint-Denis », 1er–12 décembre 1837, d’après un mémoire de Brown », BRH, 56 (1950) : 130–147.— Claude Faribault, « Un atlas de Napoléon 1er, Notre-Dame de Stanbridge et la famille DesRivières », SGCF Mémoires, 33 (1982) : 26–29.— L.-A. Huguet-Latour, « la Société des amis », BRH, 8 (1902) : 121–122. J.-J. Lefebvre, « la Famille Malhiot, de Montréal et de Verchères », SGCF Mémoires, 12 (1961) : 149–154. Victor Morin, « Clubs et Sociétés notoires d’autrefois », Cahiers des Dix, 15 (1950) : 185–218. R.-L. Séguin, « Biographie d’un patriote de ’37, le Dr Luc-Hyacinthe Masson (1811–1880) », RHAF, 3 (1949–1950) : 349–366.— Léon Trépanier, « Figures de maires : Édouard-Raymond Fabre », Cahiers des Dix, 24 (1959) 189–208.

mardi 6 novembre 2012

Affrontement entre Les Fils de la Liberté et les membres du Doric Club.

Henri Julien in The Montreal Star, vol. 19, no 227 (28 septembre 1887)
 
Vendredi 6 novembre 1837 : Affrontement à Montréal entre Les Fils de la Liberté et les membres du Doric Club. Des maisons de Patriotes connus sont saccagées.
Les esprits sont donc gonflés à bloc à la suite de la tenue de l'assemblée des Six Comtés tenue à Saint-Charles le 23 octobre 1837, parallèlement à celle présidée par Peter McGill sur la Place-d'Armes à Montréal. C'est dans ce contexte bouillant, comme à tous les premiers lundis de chaque mois, que Les Fils de la Liberté planifient de s'assembler le 6 novembre. L'affrontement était inévitable puisque la veille, le Montreal Herald appelait les loyaux à se rassembler le lendemain (6 novembre) sur la Place-d'Armes afin de « tuer la rébellion dans l'oeuf ». Les jeunes patriotes se réunissent néanmoins à l'auberge Bonnacina de Montréal, située sur la rue Notre-Dame. Devant 500 à 600 personnes, l'assemblée adopte douze résolutions. Plusieurs orateurs s'y succèdent, dont Amury Girod, Edmund B. O'Callaghan, et Édouard-Étienne Rodier. Les discussions se tiennent dans la cour de l'auberge qui donne sur la rue Saint-Jacques – la « rue du sang » (en référence à l'élection du 21 mai 1832) – où se trouve déjà quelques-uns de leurs adversaires. À leur sortie, Les Fils de la Liberté mettent rapidement leurs opposants en fuite. C'est d'ailleurs à son retour chez lui que Brown est durement assailli par quelques bureaucrates. Il est blessé à un œil tandis que De Lorimier reçoit une balle à une cuisse. D'autres échauffourées du genre se déroulent un peu partout dans les rues de Montréal. Sur la rue Sainte-Thérèse, les bureaux du Vindicator sont saccagés.
Henri Julien in The Montreal Star, vol. 19, no 248 (22 octobre 1887): 3

À la suite de l'escarmouche du 6 novembre 1837, on dénombre une douzaine d'arrestations dont André Ouimet et George de Boucherville. Avec ce « début » de rébellion ouverte, ou de guerre civile, Colborne ordonne entre autre au 24e Régiment de quitter Kingston et de prendre quartier à Carillon, à l'extrême ouest du comté des Deux-Montagnes.

texte : La rébellion de 1837 à Saint-Eustache
liens : Émeute à Montréal : un bras de fer tombé dans l’oubli
         6 novembre 1837 - Assemblée des Fils de la Liberté

lundi 5 novembre 2012

L'improbable victoire des Patriotes en 1837

Résumé
Réal Houde exerce le métier d'animateur dans une école secondaire depuis 22 ans. Il a publié un essai généalogique ainsi que des articles généalogiques et historiques dans quelques revues spécialisées. Généalogiste de liation agréé (GFA), diplômé de la Fédération québécoise des sociétés de généalogie (septembre 2011), il a coanimé l'émission-radio Les belles histoires du Québec ancien sur les ondes de Radio Ville-Marie. Il est l'historien o‚ ciel de l'association Les Descendants de Louis Houde et de Madeleine Boucher (1655) inc. (DLHMB) et le généalogiste o‚ ciel de l'Association internationale des familles Rivard (AIFR). Auteur-compositeurinterprète, il a lancé le disque Le présent du temps. ‹


Ce livre jette un regard inédit sur les événements patriotiques qui se sont déroulés entre 1830 et 1837 dans la vallée du Richelieu. Les liens familiaux ont-ils eu une in” uence sur le cours de l'histoire des Patriotes ? Sans l'appui des clans seigneuriaux, les Patriotes pouvaient-ils réellement gagner ? L'Histoire appartient-elle aux personnes et aux groupes qui ont les moyens de la faire connaître, de la perpétuer ? Dans la genèse de notre démocratie, était-ce réellement possible d'amalgamer un système parlementaire basé sur la représentation de la population au système seigneurial existant ? L'auteur nous présente un parcours généalogique et historique qui met en lumière l'existence et la profondeur de quelques clans familiaux. Il a puisé dans les archives et chez les auteurs les preuves de son raisonnement, de son exposé. Un livre à lire en cet automne 2012, 175 ans après les événements de 1837.
Auteur :
Réal Houde
Date de publication :
01-09-2012
Format :
6 x 9
Nombre de page :
208
ISBN :
978-2-89627-321-8
Prix:
24.95 $ (CAN)

Les Éditions de la francophonie

Émission-radio 
"LES GENS DE MON PAYS".
Animation: Alice Côté Dupuis et Réal Houde.
Quand? Mercredi 14 h et samedi 11 h 30.
Sur Radio Ville-Marie.

Comment nous écouter:
 
Par Internet
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mardi 23 octobre 2012

Adresse de la Confédération des six comtés au peuple du Canada

 
par Louis-Joseph Papineau

Concitoyens,

Quand un peuple se trouve invariablement en butte à une suite d’oppressions systématiques, malgré ses vœux exprimés de toutes les manières reconnues par l’usage constitutionnel, par des assemblées populaires et par ses représentants en parlement après mure délibération ; quand ses gouvernants, au lieu de redresser les maux divers qu’ils ont eux-mêmes produits par leur mauvais gouvernement, ont solennellement enregistré et proclamé leur coupable détermination de saper et de renverser jusqu’aux fondations de la liberté civile, il devient impérieusement du devoir du peuple de se livrer sérieusement à la considération de sa malheureuse position, - des dangers qui l’environnent, - et, par une organisation bien combinée, de faire les arrangements nécessaires pour conserver intacts leurs droits de citoyens et leur dignité d’hommes libres.

Les sages et immortels rédacteurs de la DÉCLARATION DE L’INDÉPENDANCE AMÉRICAINE, consignèrent dans ce document les principes sur lesquels seuls sont basés les droits de l’homme et revendiquèrent et établirent heureusement les institutions et la forme de gouvernement qui seules peuvent assurer en permanence la prospérité et le bonheur social des habitants de ce continent, dont l’éducation et les moeurs, liées aux circonstances de leur colonisation, demandent un système de gouvernement entièrement dépendant du peuple et qui lui soit directement responsable.

En commun avec les diverses nations de l’Amérique du Nord et du Sud qui ont adopté les principes contenus dans cette Déclaration, nous regardons les doctrines qu’elle renferme comme sacrées et évidentes : Que Dieu ne créa aucune distinctions artificielles entre l’homme et l’homme ; que le gouvernement n’est qu’une simple institution humaine formée par ceux qui doivent être sujets à son action bonne ou mauvaise ; et consacrée pour l’avantage de tous ceux qui consentiront à venir ou à rester sous sa protection ou sous son contrôle, et que conséquemment la forme en peut être changée dès qu’elle cesse d’accomplir les fins pour lesquelles ce gouvernement fut établi ; que les autorités publiques et les hommes au pouvoir ne sont que les exécuteurs des voeux légitimement exprimés de la communauté ; honorés quand ils possèdent la confiance publique, et respectés aussi longtemps qu’ils jouissent de l’estime publique, et qui doivent être déplacés du pouvoir dès qu’ils cessent de donner satisfaction au peuple, seule source légitime de tout pouvoir.

En conformité avec ces principes et sur la foi des traités et des capitulations arrêtés avec nos ancêtres et garantis par le parlement impérial, le peuple de cette province n’a cesse depuis de longues années, par de respectueuses requêtes, de se plaindre des abus intolérables qui empoisonnent ses jours et paralysent son industrie. Loin que des réparations aient été concédées à nos humbles prières, l’agression a suivi l’agression, jusqu’à ce qu’enfin nous ne paraissons plus tenir à l’empire britannique pour notre bonheur et notre prospérité, nos libertés et l’honneur du peuple et de la couronne d’Angleterre, mais en vue seulement d’engraisser une horde inutile d’officiels, qui non contents de jouir de salaires énormément disproportionnés aux devoirs de leurs charges et aux ressources du pays, se sont combinés en une faction uniquement mue par l’intérêt privé à s’opposer à toutes les reformes, à défendre toutes les iniquités d’un gouvernement ennemi des droits et des libertés de cette colonie.

Quoique l’on soit universellement convenu de la justice de nos demandes, de la sagesse et de la prudence qu’il y avait à porter remède à nos maux, nous supportons cependant encore l’insupportable fardeau d’un exécutif irresponsable sous la direction d’un chef ignorant et hypocrite. Nos juges dépendant comme condition attachée à leurs commissions, de la seule volonté et du bon plaisir de la couronne, presque tous partisans violents d’une administration corrompue, et plus absolument les instruments mercenaires de l’exécutif, en acceptant en violation de tout principe d’indépendance judiciaire les gages de leur servilité d’une autorité étrangère, sans le consentement du peuple, auquel seul appartient, par l’intermédiaire de ses représentants, le droit exclusif de voter les salaires des serviteurs publics ; les hommes en place dans cette province dévorant nos revenus par des salaires si extravagants qu’ils nous privent des fonds nécessaires pour l’amélioration générale du pays, ce qui fait que nos travaux publics sont arrêtés et que la navigation de nos rivières continue à être obstruée ; un conseil législatif nommé par des hommes à mille lieues du pays, et systématiquement composé de manière à paralyser et à détruire les efforts de nos représentants librement choisis, dans toutes les mesures propres à promouvoir le bien public après être resté sans changement sous l’administration actuelle, privant par là le pays des avantages de la législation intérieure, a enfin été modifié d’une manière insultante pour toutes les classes de la société, disgracieuse pour la moralité publique, et qui anéantit le respect et la confiance de tous les partis dans cette branche de la législature, par suite de l’introduction d’hommes pour la plupart notoires seulement par leur incapacité, et remarquables de même par leur insignifiance politique, rendant ainsi évidentes, jusqu’à la démonstration même, pour tous, [quelques que] puissent être leurs idées préconçues, la convenance et la nécessité urgentes d’introduire le principe d’élection dans ce corps, comme la seule méthode propre à mettre la législature provinciale à même de procéder avantageusement à l’expédition des affaires publiques.

Nos municipalités sont entièrement détruites ; les campagnes de cette province, formant une exception disgracieuse aux autres parties de ce contient, sont absolument privées de tout pouvoir de régler, dans une capacité municipale, leurs affaires locales, par le moyen d’officiers de paroisse et de township librement élus ; la génération croissante est privée des bienfaits de l’éducation, les écoles primaires qui donnaient l’instruction à 40,000 enfants ayant été fermées par le conseil législatif, corps hostile au progrès des connaissances utiles, et porté à cet acte par un exécutif opposé à la dissémination des lumières générales parmi le peuple ; - le collège des jésuites, fondé et doté par le gouvernement prévoyant qui colonisa cette province, pour l’encouragement et la diffusion du savoir et des sciences, a, avec une barbarie indigne des gouvernants d’un état civilisé, disgracieusement pour le siècle éclairé où nous vivons et qui est sans parallèle même parmi les Goths et les Vandales, été converti en casernes, et comme telles retenu toujours à l’usage d’une soldatesque, tandis que les fonds et les propriétés consacrés au maintien de cet établissement et autres institutions semblables ont été et continuent d’être gaspillés et mal administrés, pour l’avantage des favoris, des créatures et des instruments du gouvernement ; nos citoyens sont privés du bénéfice de jurés choisis impartialement, et persécutés arbitrairement par les officiers de la couronne qui, pour remplir les buts du gouvernement vindicatif dont ils sont les créatures, ont exhumé des procédés d’un caractère suranné, et dont on ne trouve de précédents que dans les plus sombres pages de l’histoire britannique. Ainsi, nos tribunaux étant souillés par les conspirations combinées d’un mauvais exécutif, de juges serviles, d’officiers en loi partisans et des shérifs politiques, l’innocent et le patriote sont exposés à être sacrifiés, tandis que les ennemis du pays et les violateurs de toutes les lois sont protégés et patronisés selon qu’il plaît à l’administration d’écraser et de détruire, de sauver et de protéger. Notre commerce et notre industrie domestique sont paralysés ; nos terres publiques aliénées, pour un prix nominal, à une compagnie de spéculateurs, étrangers au pays, ou données à d’insolents favoris comme récompense de leur servilité ; notre argent nous est extorqué sans notre consentement, en forme de taxes imposées inconstitutionnellement par un parlement étranger pour être ensuite converties en un instrument de notre dégradation, distribuées qu’elles sont parmi une bande criarde d’officiels, contre notre volonté, sans notre participation, et en violation de tous les principes des lois constitutionnelles.

Au milieu de leurs efforts honnêtes et infatigables pour obtenir le redressement des griefs qui précèdent, nos compatriotes ont été avec insolence appelés à rendre compte de leur conduite publique, dont ils ne sont responsables à qui que ce soit et encore bien moins à l’individu que le hasard ou le patronage ministériel placent pour un temps à la tête de notre gouvernement provincial. On les a harassés et vexés par des démissions de places purement honorifiques, tenues pour l’avantage et à la réquisition de leurs voisins immédiats, et cela pour avoir revendiqué les droits de leur patrie, comme il convient à des hommes libres de l’Amérique ; et comme un indice que l’on a dessein de pousser l’agression encore plus loin, des troupes armées doivent être stationnées dans un temps de paix profonde dans toute l’étendue du pays, avec le dessein arrogant et malicieux de comprimer par la force physique l’expression de l’opinion publique, et de compléter au moyen de la violence et de l’effusion de sang notre esclavage et notre ruine déjà décidés de l’autre côté des mers.

Une telle agression est plus que suffisante pour justifier chez un peuple outragé, le recours à tous et à chacun des moyens de conserver le dernier de ses privilèges insultés, le droit de faire entendre ses plaintes. Mais grâce à l’aveuglement de nos agresseurs, la méchanceté de cette mesure trouvera par les soins de la providence son antidote dans sa folie même. Les régiments que l’on se propose de distribuer au milieu de nous se composent d’hommes sortis et élevés au milieu de la démocratie de leur pays. La plupart d’entre eux on embrassé leur profession actuelle, non par choix, mais parce qu’ils n’ont pu trouver d’autre emploi qui pût les faire vivre dans leur pays natal. Au lieu de stimuler chez eux la noble émulation d’une bonne conduite par l’espoir de l’avancement aux grades les plus élevés, ils sont pauvrement payés, et sont exposés à toutes sortes de petites tyrannies, et le murmure vient-il à s’échapper de leurs lèvres en véritables esclaves, ils sont aussitôt soumis à la peine ignoble du fouet. Si l’on met en contraste cette dure destinée avec la liberté, le consentement, la facilité d’obtenir des emplois et de forts salaires dans les États-Unis, avec la certitude que les habitants de ces comtés qui avoisinent et bornent les lignes ne mettront point d’obstacles aux tentatives des soldats pour émigrer à la république voisine, on verra qu’il est moralement impossible de retenir dans la province de sa majesté, et lorsqu’ils seront une fois dispersés en détachements, des hommes dont on veut faire de vils instruments de notre esclavage et de leur propre déshonneur.

La longue et lourde chaîne d’abus et d’oppressions qui pèse sur nous, et à laquelle chaque année vient s’ajouter un nouveau chaînon non moins fâcheux, prouve que notre histoire n’est qu’une récapitulation des maux que le autres colonies ont endurés avant nous. Nos griefs ne sont qu’une seconde édition des leurs. Nos réclamations en faveur d’un soulagement sont les mêmes. Comme les leurs, elles ont été traitées avec dédain et mépris, et n’ont attiré sur les pétitionnaires qu’une augmentation d’outrages et de persécutions. Ainsi l’expérience du passé démontre la folie d’attendre et espérer de la justice des autorités européennes.

Toute sombre et toute peu flatteuse que [peut être] la perspective actuelle de notre bien-aimée patrie, nous trouvons dans les vertus publiques de nos compatriotes un encouragement à espérer que le jour de notre régénération n’est pas bien éloigné. Les manufactures domestiques se ramifient parmi nous avec une rapidité bien propre à nous réjouir au milieu de la lutte.

L’impulsion donnée depuis quelque peu de mois par l’exemple de citoyens généreux et pleins de patriotisme, en portant des habits faits d’étoffes manufacturées dans le pays, a été généralement suivie et sera avant peu universellement adoptée. La détermination de ne consommer aucune marchandise grevée d’impôts, et d’encourager un commerce libre avec nos voisins, deux objets d’un importance vitale, devient de jour en jour plus générale, plus résolue et plus effective. Le peuple doit tout partout être imbu de la conviction que les grands sacrifices à faire doivent être en proportion de l’objet glorieux que l’on a en vue d’accomplir, et que les inconvénients personnels qui seront la conséquence en faveur de la bonne cause doivent être endurés non seulement avec bonne volonté mais aussi avec fermeté.

Concitoyens ! Confrères d’une affliction commune ! vous tous, de quelque origine, langue ou religion que vous soyez, à qui des lois égales et les droits de l’homme sont chers ; dont les cœurs ont palpité d’indignation à la vue des insultes innombrables que votre commune patrie a eu à essuyer, et qui si souvent avez éprouvé une juste alarme, en roulant dans vos esprits le sombre avenir que la mal administration et la corruption promettent à cette province et à votre postérité ; au nom de cette patrie et de la génération qui s’élève, n’ayant plus d’espoir que sur vous, nous vous sollicitions de prendre, au moyen d’une organisation systématique dans vos paroisses et vos townships respectifs, cette attitude qui peut seule vous attirer le respect pour vous-mêmes, et le succès de vos demandes. Que des comités de vigilance entrent tout à la fois en opération active dans tous vos voisinages respectifs. Retirant votre confiance à l’administration actuelle et à tous ceux qui seraient assez bas pour accepter d’elle aucune charge, assemblez-vous incontinent dans vos paroisses et élisez des magistrats pacificateurs, à l’exemple de vos frères réformistes du comté des Deux Montagnes, afin de protéger le peuple contre une dépense inutile et imprévue, et contre la vengeance de ses ennemis. Notre jeunesse, l’espoir de la patrie, devrait partout s’organiser à l’instar de leurs frères, les Fils de la liberté, de Montréal, afin de se trouver prêts à agir avec promptitude et efficacité suivant que les circonstances pourront le requérir ; et les braves miliciens, qui deux fois par leur valeur et au prix de leur sang, ont défendu ce pays pour des dominations ingrates, devraient aussi s’associer dans ce moment sous des officiers de leur choix, pour la sûreté, le bon ordre et la protection de la vie et de la propriété dans leurs localités respectives. C’est par là que l’on pourra conserver heureusement les libertés coloniales.

Dans cet espoir et comptant pour notre émancipation du mauvais gouvernement sous lequel nous gémissons, sur la providence divine, dont nous implorons humblement les bénédictions sur nos efforts désintéressés, nous reposant sur l’amour de la liberté que l’air libre et les forteresses imprenables de l’Amérique peuvent inspirer à tous les cœurs du peuple en général, et sur la sympathie de nos voisins démocrates, qui dans l’établissement d’un gouvernement arbitraire sur leurs frontières, sont assez prudents et assez clairvoyants pour prévoir l’élévation d’un système qui pourrait servir de précédant et d’instrument de l’introduction d’un même gouvernement arbitraire dans d’autres parties du continent américain, et qui ne consentiront pas que les principes pour lesquels ils ont combattu avec tant de succès dans le dix-huitième siècle, soient dans nos personnes [foulés] aux pieds dans le dix-neuvième. Nous, les délégués des comtés confédérés de Richelieu, Saint-Hyacinthe, Rouville, l’Acadie, Chambly, et Verchères, enregistrons ici publiquement la résolution solennelle et déterminée du peuple que nous représentons, de mettre à effet, dans le plus court délai possible, les recommandations précédentes, et de ne jamais arrêter nos efforts patriotiques jusqu’à ce que les différents griefs dont nous nous plaignons aujourd’hui aient été redressés ; et par ces présentes, nous invitons tous nos concitoyens dans toute la province à unir leurs efforts aux nôtres afin de procurer à notre commune patrie un système de gouvernement bon, peu dispendieux et responsable.

Signé pour et au nom de la Confédération des six comtés, ce 24e d’octobre 1837.

Wd. Nelson, Président.

J. T. Drolet, F. C. Duvert, Vice-présidents.

J. P. Boucher-Belleville, A. Girod, secrétaires.


Source : La Minerve du 2 novembre 1837.

La grande assemblée à St-Charles

Dans les années 1830, une épidémie de choléra fait 10,000 morts et le climat politique au Bas-Canada est sombre. Les plaintes auprès des autorités britanniques fusent.

Louis-Joseph Papineau, président de la Chambre, rédige et fait adopter 92 Résolutions réclamant la démocratie. Elles sont envoyées au Parlement britannique. La réponse vient seulement le 6 mars 18
37. Rejetant les Résolutions, Lord Russell, produit sa réponse en 10 résolutions aux objectifs contraires. Le peuple est mécontent. Partout des assemblées s’organisent.

L’assemblée des six comtés

Le lundi 23 octobre 1837 un grand rassemblement se tient dans le pré derrière la maison de François Chicou dit Duvert, médecin à Saint-Charles. 6,000 habitants viennent entendre les leaders patriotes.

On a érigé au centre du terrain une grande plateforme permettant à tous de voir et d’entendre les orateurs. Papineau est présenté par Wolfred Nelson de Saint-Denis, nommé président de l’assemblée. Joseph-Toussaint Drolet et François Chicou dit Duvert, de Saint-Charles, sont choisis vice-présidents. Amury Girod. Philippe Boucher-Belleville l'un de Varennes, l'autre de Saint-Charles, sont nommés secrétaires.

Nelson présente le chef des patriotes, en disant: «Approchez, Canadien illustre, venez réjouir par votre présence, les cœurs de vos concitoyens opprimés, outragés, et permettez qu'ils bénissent à haute voix le défenseur de leurs droits et le bienfaiteur de leur pays.» Des cris «Vive Papineau!» viennent de partout.

La parole est à Papineau

Les discours se succèdent, puis Papineau prend la parole. Le texte de son discours paraîtra dans La Minerve du 2 novembre 1837. Voici un extrait.

Concitoyens! Confrères d'une affliction commune! vous tous, de quelque origine, langue ou religion que vous soyez, à qui des lois égales et les droits de l'homme sont chers; dont les cœurs ont palpité d'indignation à la vue des insultes innombrables que votre commune patrie a eu à essuyer…Notre jeunesse, l'espoir de la patrie, devrait partout s'organiser à l'instar de leurs frères, les Fils de la liberté, de Montréal, afin de se trouver prêts à agir avec promptitude et efficacité suivant que les circonstances pourront le requérir… Nous, les délégués des comtés confédérés de Richelieu, Saint-Hyacinthe, Rouville, l'Acadie, Chambly, et Verchères, enregistrons ici publiquement la résolution solennelle et déterminée du peuple que nous représentons… de ne jamais arrêter nos efforts patriotiques jusqu'à ce que les différents griefs dont nous nous plaignons aujourd'hui aient été redressés;… nous invitons tous nos concitoyens dans toute la province à unir leurs efforts aux nôtres afin de procurer à notre commune patrie un système de gouvernement bon, peu dispendieux et responsable.



Des lendemains incertains

Le lendemain, le clergé accorde tout son appui à la monarchie de droit divin et rejette ainsi celle de la souveraineté du peuple. Le 24 octobre, un texte de Mgr Jean-Jacques Lartigue dénonce les agissements des patriotes. Les curés du diocèse doivent le lire en chaire. Les paroissiens réagissent mal au mandement.

De son côté, Augustin-Magloire Blanchet, curé de Saint-Charles-sur-Richelieu, lit à ses ouailles, sans trop de conviction, le mandement. Il sera le seul prêtre à être incarcéré au Pied-du-Courant le 16 décembre 1837 pour son attitude jugée trop patriotique.

34 patriotes à Saint-Charles ont donné leur vie pour la liberté et la démocratie. Puissions-nous, un jour, les honorer convenablement en érigeant un humble mémorial dans le cimetière de Saint-Charles où 24 d’entre eux ont été enterrés par les militaires britanniques dans une vulgaire fosse commune.

Le curé Blanchet serait certainement d’accord avec cette proposition.

Louis Cousineau

Saint-Charles-sur-Richelieu



Références: L’Histoire populaire du Québec (Jacques Lacoursière), Portraits de patriotes: œuvres de Jean-Joseph Girouard (Jonathan Lemire), Saint-Charles 1837 et la survie d’un peuple menacé (Georges Bellemare), Histoire de la résistance (Louis-Joseph Papineau), Nos racines (Jacques Lacoursière).

lundi 22 octobre 2012

Jean-Baptiste-Eusèbe Durocher (1807-1864)

Jean-Baptiste-Eusèbe Durocher est né en 1807, à Saint-Antoine-sur-Richelieu. Il est le fils de Jean-Baptiste Durocher et de Marie Françoise Courtemanche.

Jean-Baptiste-Eusèbe fut marchand à Saint-Charles-sur-Richelieu et Patriote. Il était le bras droit et ami de Siméon Marchesseault (chef des Patriotes de Saint-Charles) d'ailleurs, même que Jean-Baptiste était parent avec Siméon, par son grand-père Blaise-Benjamin Durocher (mon arrière) qui maria Geneviève Marchesseault (sa grande-tante). Jean-Baptiste-Eusèbe décéda en 1864, à environ 57 ans.

I l est le neveu de Benjamin Durocher, Patriote tué le 23 novembre 1837 à la bataille de Saint-Denis. Le fils de Benjamin-Louis, Louis-Benjamin sera adopté par les parents de Jean-Baptiste-Eusèbe.

Jean-Baptiste-Eusèbe épouse à Belœil, le 7 novembre 1842, à 35 ans, la veuve Césarie Fournier fille de Alexis Fournier et de Sophie Beaudry. Césarie Fournier (dit Préfontaine) veuve du Patriote Marc Janotte, tué pendant la bataille de Saint-Charles et enterré le 30 novembre 1837, six semaines après son mariage.
http://books.google.ca/books?id=UzEKq34211cC&lpg;=PA131&ots;=AjpayUXpYW&dq;=Eus%C3%A8be+Durocher&hl;=fr&pg;=PA131#v=onepage&q;=Eus%C3%A8be%20Durocher&f;=false

Le 6 mars 1837, Lord Russell, ministre de l'intérieur au Parlement britannique, fait adopter une série de résolutions qui s 'avèrent être une fin de non-recevoir à toutes les requêtes des Canadiens pour l'obtention d'un gouvernement responsable et de ses attributs. Les Patriotes réagissent avec véhémence et organisent de nombreuses assemblées de protestation. Ainsi, le 7 mai, à Saint-Ours, les chefs patriotes présentent et font adopter 12 résolutions qui expriment leurs doléances et leurs objectifs, Jean-Baptiste-Eusèbe Durocher participa à cette assemblée.
http://cgi2.cvm.qc.ca/glaporte/1837.pl?out=article&pno;=document21&cherche;=Durocher

Siméon Marchesseault est élu à l'unanimité capitaine des Patriotes de Saint-Charles. On lui donne comme lieutenant Jean-Baptiste-Eusèbe Durocher, chez qui ont été rédigées les résolutions présentées à l'assemblée du 23 octobre 1837.

Le 22 novembre 1837, ce jour là, J-B-Eusèbe a fait un fructueux voyage éclair à Montréal, d'où il a rapporté deux barils de poudre et quelques milliers de pierres à fusil.

http://books.google.ca/books?id=JEwNIyKCZOcC&pg;=PA8&lpg;=PA8&dq;=Eus%C3%A8be+Durocher+Patriote&source;=bl&ots;=RwJeIUzlbj&sig;=ba9-0KjXmzEHtbGIegWCkskkb_I&hl;=fr&ei;=gmk9TYrNL4zVgAeppfXHCA&sa;=X&oi;=book_result&ct;=result&resnum;=2&sqi;=2&ved;=0CB8Q6AEwAQ#v=onepage&q;=Eus%C3%A8be%20Durocher%20Patriote&f;=false

Déposition de Toussaint Auclair, de Saint-Hilaire, contre François Lemire, commis de Jean-Baptiste-Eusèbe Durocher , de Saint-Charles (27 novembre 1837).

Jean-Baptiste-Eusèbe Durocher fut emprisonné le 26 novembre 1837 en raison de sa participation aux guerres patriotiques de 1837 et 1838. Il a été inculpé de haute trahison, de menées séditieuses ou d'espionnage à la solde de l'organisation patriote.

Déposition de Siméon Marchessault, huissier, de Saint-Charles (27 décembre 1837). Le déposant dit qu'il a rencontré Louis-Joseph Papineau et le docteur O'Callaghan chez Joseph-Toussaint Drolet, de Saint-Marc, et Jean-Baptiste-Eusèbe Durocher , de Saint-Charles, dans le cours de novembre 1837. Le jour de la bataille de Saint-Charles, messire Blanchet, curé de la paroisse, se rendit au camp et exhorta les rebelles à se préparer à mourir, et leur fit réciter cinq Pater, cinq Ave, et l'acte de contrition.

Déposition de Antoine Foisy, de Saint-Charles, contre Jean-Baptiste-Eusèbe Durocher , Modeste Lemire, Siméon Marchessault e t le docteur Wolfred Nelson (31 mars 1838).

Déposition de Joseph Daudelin, de Saint-Charles, contre Jean-Baptiste-Eusèbe Durocher , Modeste Lemire et Siméon Marchessault (31 mars 1838).

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Dessein de Jean-Baptiste-Eusèbe Durocher par Jean-Joseph Girouard.
Notaire de Saint-Benoît, le leader patriote Jean-Joseph Girouard (1795-1855) a laissé une remarquable série de dessins de détenus à la prison au Pied-du-Courant, la plupart réalisés durant sa propre incarcération à l`hiver de 1838.

liens : http://books.google.ca/books?id=JEwNIyKCZOcC&pg;=PA8&lpg;=PA8&dq;=Eus%C3%A8be+Durocher+Patriote&source;=bl&ots;=RwJeIUzlbj&sig;=ba9-0KjXmzEHtbGIegWCkskkb_I&hl;=fr&ei;=gmk9TYrNL4zVgAeppfXHCA&sa;=X&oi;=book_result&ct;=result&resnum;=2&sqi;=2&ved;=0CB8Q6AEwAQ#v=onepage&q;=Durocher%20&f;=false

Drapeau Patriote Durocher
7 mai 1837 - Assemblée de St-Ours
Sur motion de J. B. E. Durocher, Écr., secondé par le Capt. Côté, de St-Charles.

RÉSOLUTION 4 : Que le machiavélisme qui depuis la Cession a accompagné tous les actes du gouvernement, la mauvaise foi qui les a caractérisés jusqu'ici, la faiblesse qui perce à chaque page du rapport des commissaires et dans les discours des ministres, où on ne rougit pas d'alléguer notre division et notre petit nombre comme motifs de nous refuser justice, ne nous inspirent que le profond dégoût et le mépris le plus prononcé pour les hommes qui commandent à un des peuples les plus grands, les plus nobles de la terre, ou qui sont attachés à un tel gouvernement.
Sur motion de J. B. E. Durocher, Écr., secondé par le Capt. Côté, de St-Charles.

dimanche 21 octobre 2012

Dévoilement du Monument de Louis-Joseph Papineau

La PM Mme Marois et ex-PM M.Landry
photo: Manon Arsenault
Saint-Denis-sur-Richelieu, en Montérégie, Dimanche 21 octobre 2012 
- En présence de plus de 300 personnes dont la première ministre Pauline Marois, la cérémonie de dévoilement du monument s'est déroulée dans le cadre du 175e anniversaire des Patriotes de 1837-38. D'une hauteur de 2,4m, cette œuvre en bronze du sculpteur Jules Lasalle, à la fois moderne et romantique, représente le « père de la démocratie » québécoise prononçant un discours devant ses partisans ou lisant peut-être à la Chambre d'assemblée ses célèbres 92 Résolutions en faveur de la réforme du système politique oppressif britannique (1834). Dominant la rivière Richelieu, elle rappellera pour toujours la légende-Papineau.

Louis-Joseph Papineau (1786-1871).
Homme politique et avocat canadien-français,
chef du mouvement des Patriotes. 
Originaire de Petite-Nation (Bas-Canada).


(texte et photo: Mathieu Breton)

Discours lors de l'inauguration de la statue

de Louis-Joseph Papineau

vendredi 5 octobre 2012

Sous des Patriotes 1837 Bas-Canada

 
Ce sont les fonds de la Banque du Peuple qui servent à financer
l'Insurrection des Patriotes en 1837-1838.

Elles sont très rares, elles se vendent $50.00 l’unité et plus, tout dépendant de la beauté et $75.00 l’unité et plus pour les 2 sous. 

Ces pièces ont une valeur inestimable. Une personne qui en possède une, devrait la garder comme un souvenir de notre glorieux passé, un trésor national. 

Achetez une de ces pièces à une personne chère par un groupe ou une personne seule, c’est un cadeau chèrement apprécié et personnel.

Des pièces peuvent être vendues $50.00 et plus, mais ces pièces sont limitées, elles se vendent sur la base du premier arrivé, premier servi.
Vous pouvez acheter ces pièces en faisant un mandat-poste au nom de Souveraineté La Solution inc. Avec le bon de commande dûment rempli que vous trouverez dans l'icône Articles à vendre, en indiquant le nom de la pièce et le nombre.
Souveraineté La Solution inc. au 220 rue des Épinettes, Farnham.
Adresse postale: C.P. 313, Cowansville, Québec J2K 3S7
Tél. et télécopieur: 450-293-3562

Mes Prix:
City Bank (1 sou 25$ et 2 sous 40$)
Bank of Montreal (1 sou 30$ et 2 sous 50$)
Quebec Bank (1 sou 30$ et 2 sous 50$)
Banque du Peuple (1 sou 50$ et 2 sous 75$)
Des pièces de monnaie de 1837.
Les quatre noms des banques de l'époque étaient: la City Bank, Montreal Bank, la Banque du Peuple et la Quebec Bank.
La plus grosse banque était nulle autre que la City Bank, les trois autres étaient plus petites mais aussi importantes.
La valeur des pièces de la City Bank varie d'après leur beauté et leur rareté. Pour ce qui est des trois autres banques, l'évaluation des pièces est inversée: sa rareté, sa beauté.


Un peu d'histoire, question de mieux comprendre la valeur de ces pièces.
En 1817, les Montrealers se donnent un nouvel outil d’investissement, la Banque de Montréal. Les Canadiens français font de même en 1834, en ouvrant la Banque du Peuple. À Montréal, le secteur du transport prend de plus en plus d’importance. Le transport du blé du Haut-Canada nécessite la construction du Canal Lachine. 
Bien que l’Angleterre réunifia le Canada en signant l’acte déposé par John Russel le 25 mars 1840, la réunification débutât en 1841, cela même a sorti du marasme financier le Haut-Canada (Ontario) et lui restaura sa ligne de crédit.
one Penny 1852one penny
half pennyhalf penny
Tout ceci grâce au Bas-Canada (Québec), un tiers plus peuplé, c’est-à-dire le Bas-Canada (Québec) a payé une partie de la dette du Haut-Canada (Ontario) et une partie de sa ligne de crédit. En 1852 seule la Québec Bank avait eu le droit de commander à la City Bank de faire frapper des pièces de monnaie pour commémorer la rébellion des patriotes de 1837. Sur un coté nous voyons un patriote et les écritures « province du Canada » et de l’autre coté l’effigie de l’époque et la date.

texte et photos: http://www.souverainetelasolution.com/argent1837.html

Banque du Peuple 
Cet édifice porte le nom de l’édifice de la Banque du Peuple, même si cette banque n’y logea que quelques mois.

Voici l’histoire :
La Banque du Peuple est fondée en 1835 par Louis-Michel Viger avec Jacob DeWitt et 10 autres associés, la société Viger DeWitt and Company qui vise à mettre fin au monopole qu'exerce la Bank of Montreal-BM sur le crédit dans le Bas-Canada ; cette société deviendra la Banque du Peuple en 1844.
Soupçonné d'avoir avancé de l'argent aux Patriotes, il est emprisonné pendant 9 mois pour haute trahison à la suite de l'insurrection de 1837. Emprisonné de nouveau pour une quarantaine de jours à la suite de l'insurrection de 1838

Ce sont les fonds de la Banque du Peuple qui servent à financer l'insurrection des Patriotes en 1837-1838. La clientèle de la banque était essentiellement francophone et c’était un exemple de réussite des Canadiens d’expression française dans le monde de la finance géré par des Anglais et des Écossais.

La fondation de la «Banque du Peuple» est un événement qui peut être regardé comme un indice du réveil de la puissance économique de la population française ; aussi faut-il beaucoup regretter que le succès de cette entreprise nouvelle ait été uniformément répandu au moyen d'appels directs et mesquins aux préjugés de races. Des Canadiens français ont construit des bateaux à vapeur pour lutter contre un monopole qui profitait sur le Saint-Laurent à un groupe de financiers anglais. Si petits et si peu confortables que fussent ces bateaux, on les regarda d'un bon œil à cause de leur supériorité essentielle de sécurité et de vitesse. Toutefois, on ne considérait pas cela comme suffisant à leur succès. On faisait des appels constants aux sentiments nationaux de la population française en faveur de l'encouragement exclusif à la " Ligue française ". Je me rappelle un journal français qui annonçait avec orgueil que le jour précédent les bateaux à vapeur de Québec et de La Prairie étaient arrivés à Montréal avec un grand nombre de passagers, tandis que les bateaux anglais en avaient eu peu. Par ailleurs, les Anglais en appelaient aux mêmes préjugés ; ils avaient l'habitude d'appliquer aux bateaux canadiens les épithètes de «Le Radical», «Le Rebelle» et «Le Déloyal».


La construction de du nouveau siège social de la Banque du Peuple débute en 1892 par les architectes Perrault, Mesnard et Venne dans le style renaissance italienne. D’ailleurs, le bâtiment est recouvert d’un toit en verre ce qui représentait une grande nouveauté pour l’époque.
Cependant, en 1895, quelques mois à peine après l’achèvement des travaux de construction de l’édifice à 57, sur la rue Saint-Jacques, la banque suspend ses activités et ferme ses portes.
Le caissier J. S. Bousquet s’enfuit vers les États-Unis. En effet, il a d’abord démissionné, mais c’est après qu’il ait entrepris son voyage qu’on lui reproche d’avoir consenti des prêts non garantis. Au total la valeur de ces crédits est de 1 500 000 dollars, l’équivalence de cent millions ou plus en dollars d’aujourd’hui. Quand la nouvelle est connue, les clients se ruent sur la banque en essayant de retirer leurs économies. La Banque s’effondre en trois jours.
À la suite de la fermeture de la banque en 1895, plusieurs entreprises canadiennes-françaises seront entraînées dans sa chute. De longues batailles juridiques et politiques suivent. Finalement, la banque remet 75 % de la valeur des dépôts aux épargnants.
En 1897, la Banque du Peuple rouvre ses portes sous l’appellation la Banque d’Hochelaga qui disparaît presque immédiatement.
Banque du Peuple
Bon, l’édifice survit et grâce à son emplacement au Vieux-Montréal et à sa magnifique façade de pierre, il est classée monument historique en 1975.
L’adresse de la Banque du Peuple: 57, la rue Saint-Jacques

Texte er photo: http://grandquebec.com/montreal-touristique/banque-du-peuple/

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